L’ÉCHANGE
Nous sommes trop disposés, par la vie de tous les jours, à
nous imaginer qu’une vente ou un achat sont des opérations
indépendantes et qui se suffisent à elles-mêmes. Cest une
illusion. Tout achat suppose une vente préalable, car, avant de
pouvoir acheter, il faut au préalable avoir échangé quelque
chose, notre travail, nos services, nos produits, contre de
l’argent. A l’inverse, toute vente présuppose un achat pour
l'avenir, car si nous échangeons nos produits contre de
l'argent, ce n’est que pour échanger plus tard cet argent
contre d'autres marchandises : sinon, qu’en ferions-nous? —
Toutefois, comme l’argent peut se conserver indéfiniment
sans être employé, il est possible qu’il s’écoule un entr’acte
très long, plusieurs années, peut-être même plusieurs géné-
rations, entre les deux actes de la pièce, entre la vente et
l’achat complémentaire. Mais la pensée doit rapprocher ces
deux actes et alors on voit que, malgré l'intervention de
l'instrument d’échange et la complication qu'il introduit, nul
homme, dans nos sociétés civilisées aussi bien que dans les
sociétés primitives, ne peut vivre qu’en échangeant ses pro-
duits ou services, présents ou passés, contre d’autres
produits ou d’autres services, présents ou passés. Si on rat-
tache les deux bouts de la chaîne, on trouvera toujours un
échange en nature, un troc.
Cette marchandise intermédiaire qui sert à décomposer le
troc en vente et achat s’appelle /a monnaie. Son rôle dans la
science économique, aussi bien que dans la vie pratique, est
énorme. Nous aurons à lui consacrer plusieurs chapitres.
La valeur d’échange ou le prix.
Les anciens économistes, à commencer même par Aristote
et après lui Adam Smith, distinguaient deux valeurs : celle
qu'ils appelaient valeur d'usage et celle qu’ils appelaient
valeur d'échange. Et ils montraient que ces deux valeurs
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