Object: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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un rhythme splendide ses grandes lignes calmes et solennelles. Mon œil 
planait dans le libre espace sans rencontrer d’obstacle : point de mon 
tagnes, point de collines, point de baies ni de barrières divisant le sol, 
mais une immensité ouverte, infinie, sans bornes, d’un vert pâle, entre 
coupée çà et là de champs de blé se détachant en îlots d’or, et sillonnée, 
comme la haute mer l est de navires, de chariots traînés par des bœufs à la 
robe d’argent, fiers de leurs longues cornes recourbées, et à Failure lente 
et grave. 
Agauche se dressait un grand grenier isolé, d’un blanc mat, avec ses nom 
breuses fenêtres garnies de grillages ou de persiennes à lames très-minces. 
A droite, s’étendait un rideau de peupliers que le soleil levant colorait 
en rose, et quelques chênes que les reflets de l’aurore faisaient ressembler 
à d énormes massifs de lilas fleuri. 
C'était tout. Mais ce paysage était plus varié d’aspect, de tons et de cou 
leurs que les plus beaux paysages que j’aie vus. La lumière, qui inondait la 
plaine de la tendresse ardente de ses rayons, produisait des effets étonnants 
de beauté et de nouveauté, rayant de bleu, de violet, de jaune, 1 immense 
tapis de verdure, d’épis et de fleurs, faisant scintiller la rosée en rivières de 
diamants. Le ciel, d’une couleur gris de perle, avait par endroits des rou 
geurs pudiques de vierge. Et les petits nuages qui passaient comme un vol 
de flamants ou un vol de colombes, couleur de chair ou couleur de soie, 
vous donnaient toutes sortes d’idées aimables et gracieuses. 
De toutes parts, la vie encore endormie s éveillait. Sous les arbres du 
jardin montait une allégresse générale. Autour des lys en blanc peignoir, 
les papillons battaient des ailes. Les roses s’empourpraient aux baisers du 
soleil, et les pâles marguerites saignaient des morsures des abeilles. En 
joyeuses envolées, des cailles passaient; des hirondelles nouaient leurs 
longues guirlandes noires; l’air était plein de chants d’oiseaux et de cli 
quetis d’insectes. Et, de tous côtés, des bouffées de parfums délicieux, 
doucement balancées, arrivaient. 
Quelle force, quelle jeunesse calme et tranquille, dans ce réveil de la 
pusztci, dans ce le^ci de 1 aube qui était comme le retour radieux du prin 
temps, et qui faisait éclore à la fois les fleurs des arbres et des plantes, les 
œufs des rivières et des nids! 
Derrière, dans la cour, on entendait les coqs sonner bruyamment une 
fanfare de victoire, tandis que les oies nasillaient comme de vieux chantres 
pris de vin. 
M. L. .. m’arracha à ma muette contemplation en venant me souhaiter le 
bonjour et m’annoncer que le déjeuner était servi.
	        
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