LE TRAVAIL * 3
plus étrangers à l’agriculture, tels que ceux des littérateurs,
poètes, artistes? Pense-t-on que le goût des travaux agricoles
ne puisse être utilement développé dans une société par les
romanciers qui nous retracent les scènes de la vie rustique
ou les poètes qui célèbrent les charmes des travaux des
champs et qui nous ont appris à répéter avec l’auteur des
Géorgiques :
O fortunatos nimium sua si bona norint
A gricolas !
Où donc s’arrêter ? nous voyons le cercle des travaux pro-
ductifs s'étendre à l’infini jusqu’aux extrèmes confins de la
société — tout comme ces cercles concentriques qui vont
s’élargissant sur la surface des eaux autour du centre que
l’on a touché et se perdre au loin sans que le regard puisse
saisir la limite où ils s'arrêtent. Sans doute, on peut dire que
les travaux que nous venons de considérer n’ont pas con-
tribué tous de la même façon à la production du blé, ceux-ci
ont agi d'une façon directe, ceux-là d’une façon indirecte,
mais il suffit de constater que, depuis le travail du laboureur
jusqu’à celui du Président de la République, on n’en pourrait
supprimer aucun sans que la culture du blé en soulfrit.
Pourtant il ne faut pas en conclure que toutes les catégo-
ries de travaux que nous venons de passer en revue ont une
importance égale dans l’ordre économique. Tous sont néces-
saires, mais chacun à son rang, et un pays marcherait à la
ruine si, par exemple, il avait autant d'avocats que de
laboureurs.
La vérité, c’est que si toute profession peut être utile dans
les limites du besoin à satisfaire, elle devient nuisible au-delà
puisqu’elle dégénère en parasitisme, Ce qu’il faut c’est une
juste proportion entre l’effectif de chaque groupe professionnel
et l'importance du besoin auquel il doit satisfaire. Or, malheu-
reusement, ce juste équilibre est loin d’être réalisé dans nos
sociétés civilisées.
C’est ainsi que les travaux agricoles sont de plus en plus
désertés. C’est là un fait universel et qui n’en est pas moins
regrettable, moins encore au point de vue de la productivité,
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