Metadata : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

les  oreilles;  la  troisième  fois,  on  le  pendait.  Il  pouvait  toutefois  racheter
son  nez  et  ses  deux  oreilles,  moyennant  cinq  bœufs  pour  chacune  de  ces
trois  parties  saillantes  du  visage.  Sous  Ladislas,  un  paysan  volait-il  une
oie,  on  lui  crevait  un  œil;  le  clerc  qui  volait  une  poule  ou  des  pommes
était  passé  par  les  verges;  le  parricide  était  cousu  dans  un  sac  de  cuir  avec
un  chien,  un  coq,  un  chat,  un  écureuil  et  des  serpents,  et  jeté  à  l’eau.  On
lapidait  les  blasphémateurs.  Les  criminels  condamnés  au  bûcher  étaient
d’abord  étranglés,  ou  bien  on  leur  attachait  au  cou  un  sac  de  poudre  pour
abréger  leur  torture.  Celui  qui,  en  temps  de  guerre,  trahissait,  était  mis
à  la  broche  et  rôti  comme  un  porc.  —  On  peut  lire  dans  l’histoire  de  Hongrie ­
  le  terrible  supplice  de  Georges  Dozsa,  qui  s’était  mis  à  la  tète  de
I  insurrection  des  paysans  contre  la  noblesse,  en  1514,  et  qui  fut  défait
et  capturé  sous  les  murs  de  Temesvar.  «  Voilà  Sa  Majesté  paysanne,
disaient  les  seigneurs  magyars  avec  une  ironie  amère,  oubliant  que  quelques ­
  semaines  auparavant,  ils  avaient  tremblé  devant  lui  ;  le  voilà!  Demain,
on  posera  la  couronne  sur  sa  tète,  le  forgeron  l  a  taillée  dans  le  fer;  on
lui  donnera  un  sceptre  royal  qui  pèse  quinze  livres,  et  un  trône  de  fer  sur
lequel  il  sera  à  l’aise.  »  Le  lendemain,  Dozsa  était  assis  sur  un  trône  ardent
avec  une  couronne  en  fer  rougie  sur  la  tète;  on  le  saigna,  et  l’on  donna  son
sang  à  boire  à  son  frère.  Sur  quarante  de  ses  plus  vaillants  compagnons
laissés  douze  jours  sans  nourriture,  trente  et  un  étaient  morts  de  faim;
ceux  qui  avaient  survécu  furent  amenés  devant  Dozsa  et  forcés  de  manger
de  sa  chair  qu’on  lui  arrachait  avec  des  tenailles  brûlantes.  Trois  paysans
qui  refusèrent  d’obéir  aux  bourreaux  furent  empalés  séance  tenante;  enfin,
ce  qui  resta  du  cadavre  de  Dozsa  fut  mis  dans  des  marmites  et  servi  à  ses
partisans.
Pour  les  petits  délits,  les  formes  de  la  pénalité  étaient  parfois  burlesques. ­
  On  enfermait,  sur  la  place  publique,  les  femmes  querelleuses  dans
une  cage  comme  celle  des  écureuils,  et  les  malicieux  gamins  accouraient ­
  en  foule  pour  s’amuser  à  faire  tourner  la  coupable  ;  bientôt  la  pauvre
femme  avait  le  vertige  et  subissait  toutes  les  épreuves  d’un  violent  mal
de  mer.
Les  hommes  étaient  lies  sui  un  cheval  de  bois  et  obligés  d’essuyer  toutes
les  insultes  des  passants;  plus  tard,  le  cheval  lut  remplacé  par  un  poteau,
auquel  le  condamné  était  retenu  par  un  collier  de  fer.
Il  y  a  quelques  années,  ou  voyait  encore,  devant  la  maison  du  juge  de
village,  un  instrument  de  bois  grossier  appelé  en  allemand  bock,  en  slovaque ­
  klada,  et  en  hongrois  kalada,  lequel  servait,  faute  de  prison,  à
maintenir  les  malfaiteurs  en  état  d’arrestation.
            
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