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Aujourd’hui, comme en 1914, les lointains Balkans restent une
terre inconnue pour le grand public. Rien ne transpire du drame qui s’y
joue. On a oublié que c’est justement de là qu’est partie l’étincelle qui
a embrasé le monde. Un jour, si l'on n’y prend garde, l'incendie se
rallumera dans ce coin ignoré de l’Eurôpe et il sera trop tard pour le
localiser.
[1 appartient à la S, D. N. de prévenir — c’est son rôle — et de
diriger — c’est son devoir — l’Europe vers la paix. Après cette guerre
atroce, que nous voudrions la dernière, un esprit nouveau doit nous commander,
si nous voulons une paix durable et juste — le vœu le plus
ardent de tous les peuples. Plus de vainqueurs, plus de vaincus! La
conception surannée d’une souveraineté absolue, d’un honneur national
tatillon — des fétiches qui doivent être remplacés par des idées nouvelles:
l’interdépendance des Etats et la solidarité des nations, dans un
monde nouveau qui cherche encore son équilibre. Il faut nous-habituer
à voir les choses telles qu’elles sont et apprécier les paroles pour ce
qu’elles valent. En 1919 à Neuilly — les Bulgares ont été cruellement
punis; les frontières ont été tracées à l’encontre de ‘tout principe et de
toute logique. Le pire ennemi de la paix n’aurait pas mieux réussi à
semer tant de causes de guerres futures,
Il y a un minimum de justice internationale qui laisse aux faibles
et aux petits la possibilité de vivre, Oui, nous le savons: il y a surtout
les intérêts des grandes puissances qui priment tous les autres. Mais il
ne doit pas y en avoir de supérieurs à la paix. En traçant les frontières
des Balkans des intérêts économiques, politiques, stratégiques ont été
pris en considération, Mais personñe ne s’est soucié des intérêts des
populations elles-mêmes. Pourtant elles y vivent et doivent compter
pour quelque chose. Les artisans du traité de Neuilly comprenaient bien
cela et pour y obvier, comme palliatif, ils ont introduit dans le traité
de paix le droit des minorités, condition sine qua non du nouveau statut
territorial de l’Europe. De là, la mission très délicate et par cela même,
trés méritoire, de la S. D. N. Elle l’accomplira ou bien elle succombera
sous la tâche. Laisser les minorités bulgares, dont elle est la protectrice,
dans l’état actuel signifierait sa banqueroute. Les abandonner à leur
sort, c’est les laisser aller à des inspirations qui ne peuvent pas être toujours
les bonnes; c’est le saut dans l’inconnu.
L'Europe que la S. D. N. représente doit intervenir -pour donner
une solution adéquate à cette question brûlante. C’est une intervention
légitime, et, n’en déplaise aux nouveaux états, elle ne peut pas offenser
leur souveraineté puisque c’est l’Europe qui leur a remis ces minorités,
et ce sont eux-mêmes — qui se sont engagés, sur leur honneur
de les respecter. Le nouveau tracé de la carte des Balkans, minorités,
réfugiés, émigrés et comitadjis mêmes si vous voulez, sont les faits de
cette volonté collective. La S. D. N. doit intervenir pour imposer aux