Full text : Les droits des minorités bulgares et la Société des Nations

partenance à une nationalité est une question surtout de conscience, de
conviction intime, quelque chose d'analogue à la religion ancrée dans
l’intime de l’individu. Ainsi nationalité et religion sont des idées spirituelles
 de la même catégorie; souvent si la seconde gagne, ce n’est
pas pour évincer la première, c’est pour la renforcer pour la remplacer
même; mais il faut tout de suite ajouter ce qui caractérise la nationalité,
 c’est surtout la langue, .
Dans le courant du XIX-ème siècle, tandis qu’en Occident les
luttes religieuses disparaissent et laissent la place à la lutte des nationalités,
 dans les Balkans ces mêmes luttes continuent avec acharnement
pour être remplacées, vers la fin du même siècle, par des révolutions
et des guerres nettement nationales. ;
C’est que dans les Balkans tout arrive un peu plus tard. La vague
de liberté, partie de France, passant sur tout le continent déferlera ici
un peu plus tard, en Bulgarie et chez les autres peuples, sous la forme
des luttes religieuses dont l’histoire nous a gardé le souvenir. Il ya
encore chez nous dans les masses populaires des conceptions conservées
comme dans une matière réfrigérante, pendant des siècles, Nous nous
expliquons ainsi les guerres religieuses que les peuples balkaniques ont
menées contre les Turcs et qui se transformèrent ensuite en guerres
nationales qui ne sont pas près de finir. L’étiquette religieuse enlevée,
nous découvrons leur véritable nature: la guerre d’une nationalité pour
obtenir l'hégémonie dans les Balkans,
Les Serbes qui ont annexé certaines régions occidentalles de la
Bulgarie, qui ont ravi la Macédoine; les Roumains qui se sont approprié
 la Dobroudja dorée; les Grecs qui se sont emparés de la Thrace
occidentale font une guerre qui n’a pas changé de but, mais seulement
 de moyens: c’est l’hégémonie qui les jette les uns contre les
autres dans une mêlée dont on n’aperçoit pas la fin. La dénationalisation
 de l’élément bulgare par la force, rappelle l’œuvre contre les anabâptistes;
 l'assimilation par des moyens plus doux, l’église et l’école,
nous prouve que la guerre continue. Seulement, les moyens ont changé.
Les Bulgares vaincus sont impuissants à se défendre contre des adversaires
 armés jusqu’aux dents. C’est encore de nos jours la guerre dans
les Balkans. Sans parler des Turcs qui ne poursuivaient que l’extermination
 des mécréants, toutes les guerres qui ont été menées dans les
Balkans, toutes les révoltes et révolutions contre les ennemis de la
Croix, ont été faites sur le plan religieux: parce que c’est sous cette
forme que l’idée agissait efficacemeut sur les masses populaires,

À notre époque, toutes ces guerres et ces révolutions déposent le
manteau religieux pour apparaître sous leur véritable aspect. Pendant
les révoltes d’Iskender-Beg, des Obrénovitch, des héros grecs, des Roumains
 et des voïvodes bulgares, tous ces peuples se soulevaient contre
les Turcs, au nom de la religion chrétienne: la Croix contre le Croissant.
 Dans cette attaque concertée de tous les peuples asservis des Balkans,
 s'étaient retrouvés des alliés naturels qui combattaient pour une
cause commune, la liberté nationale.
            
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