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LA HONGRIE
une carte de l’Autriche-Hongrie, vous trouverez au sud-est de Vienne, au
milieu du bassin formé par le Danube et la Brave, ce petit lac tout bleu
que les Allemands ont baptisé du nom de Platten-See. C’est l’ancienne
« mer hongroise » des légendes et des poèmes magyars. Au nord, où se
trouvent Keszthely, Tihany et Füred, les rives du lac Balaton présentent
une succession de tableaux gracieux et pittorescpies, de baies et d’anses
ombragées, qui en font un des séjours les plus courus et les plus aimés de
la Hongrie. Les hauteurs volcaniques qui dominent le lac descendent en
pente douce, couvertes de bois et de vignes, émaillées de jolis villages et
d habitations de plaisance, comme les environs de Vevey et de Montreux.
Le petit bourg de Keszthely, ainsi que le pays qui l’environne, appar
tient presque tout entier à M. le comte Festetics, de même que la ville de
Kanizsa appartient au comte Bathiany. On ne se figure pas la richesse de
ces grands propriétaires hongrois. M. Festetics paye au fisc quarante mille
florins, c’est-à-dire environ cent mille francs d’impôts. Il a quatre-vingts
fermes, des haras, des vignobles assez vastes pour étancher la soif de la
Pologne et de la Hongrie réunies; des hôtels, un théâtre, un établissement
de bains, que sais-je encore? Les vignobles du comte Festetics s’étendent
bien loin sur les coteaux. Ce sont des ouvriers français qui les ont plantés,
et, comme on n’avait pas à ménager l’espace, c’est en voiture attelée de
six chevaux que le comte peut parcourir et visiter ses vignes. Dans ses
bains, il n’y a que de vrais malades, qui portent des estampilles rouges ou
violettes sur la nuque, sur le front, sur les joues, sur les mains. Ces bains
se prennent à une heure de Keszthely, dans une flaque d’eau bourbeuse,
qui admet, comme les omnibus, les personnes des deux sexes sans distinc
tion de côtés. Une paire de moustaches hongroises ou de côtelettes à la
François-Joseph fait vis-à-vis à des bandeaux plats ou à un chignon verti
gineux. Mais la morale ne saurait s’offusquer à la vue de ces bains pana
chés qui soumettent ceux qui s’y plongent à une cuisson de homard à
l’américaine.
Le chemin de fer emploie deux heures à traverser une partie des terres
du comte Festetics. Son château s’élève sur l’emplacement de 1 ancienne
forteresse de Keszthely, célèbre par la résistance qu elle opposa aux Turcs,
qui ravagèrent toute la contrée, bridant les villages, massacrant ou enle
vant les habitants. Cette résidence est une construction toute moderne,
entourée de beaux jardins et de vastes dépendances. Un portier ou plutôt
un belduque, armé d’une hache et militairement galonné, monte la garde
devant la porte.
Il ne finit pas croire que tous les châteaux des seigneurs hongrois