Object: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES APPROCHES. 
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membrement de la République de Venise. L’empereur eut 
Venise, l’Istrie et la Dalmatie. La France eut les îles 
Ioniennes et les établissements vénitiens d’Albanie : Bu- 
trinto, Parga, Arta, Prevesa; elle devenait, au flanc de 
l’empire ottoman, l’héritière de Venise. Le sultan était en 
droit de s’émouvoir. 
Avant même la signature du traité, Bonaparte avait 
chargé le général Gentil! d’occuper ces îles, et de « faire 
l’impossihle pour en captiver les peuples ». — « Vous ne 
manquerez pas, dans vos diverses proclamations, de parler 
de la Grèce, d’Athènes et de Sparte. » Le général Gentili 
fut en effet merveilleusement accueilli par les habitants de 
ces îles ; à Corfou, l’un des principaux du pays se présenta 
à lui, un livre à la main: « Français, dit-il, vous allez 
trouver ici un peuple ignorant dans les sciences et dans les 
arts, mais il peut devenir encore ce qu’il a été ; apprenez, 
en lisant ce livre, à l’estimer ». C’était l’Odyssée. Et Bona 
parte, écrivant cela au Directoire, ajoutait, grâce à un 
vague souvenir de ses études classiques: « L’île de Corcyre 
était, selon Homère, la patrie de la princesse Nausicaa... 
Le drapeau tricolore va être planté sur les débris du palais 
d’Ulysse. » La question de la régénération de la Grèce 
était ouverte. 
Bonaparte porta bientôt ses vues plus loin, au delà de la 
Méditerranée. Il importe peu que le Directoire ait songé, en 
ordonnant l’expédition d’Ègypte, à se débarrasser de Bona 
parte, ou même que Bonaparte ait songé uniquement à sa 
propre gloire. La France avait assez d’intérêts de premier 
ordre dans cette expédition pour qu’il convienne d’admettre 
que le Directoire et Bonaparte en ont tenu compte dans 
leurs desseins. Sans remonter jusqu’aux croisades, ni même 
jusqu’à Louis XIV, auquel Leibniz proposa de détourner 
vers le Nil les forces qu’il dressait contre la Hollande, la 
question d’Égypte était familière à beaucoup de Français de 
la fin du xviii® siècle. Choiseul, assure-t-on, pensa y trouver 
la compensation de la perte de l’Inde française; Volney, 
l’auteur des Raines, écrivait en 1788: « Par l’Égypte, nous 
toucherons à l’Inde; nous rétablirons l’ancienne circulation 
par Suez, et nous ferons déserter la route du Cap de Bonne- 
Espérance. » 
Au XV® siècle, les Portugais avaient fait le tour de 
l’Afrique pour aller dans l’Inde, parce que les Turcs bar 
raient la route ancienne de l’Asie antérieure ; puisque dé-
	        
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