LES EUROPÉENS DANS LA VAI.LÉE DU NIL. 375
. Cette rédaction eût permis à l’Angleterre de prolonger
inrtéfiniment son protectorat, reconnu désormais par un
acte officiel. L’Allemagne y adhéra : il lui plaisait qu’il y
eût entre la France et l’Angleterre une cause permanente
de discorde ; l’Autriche et l’Italie suivirent l’exemple de
l’Allemagne. Mais la Russie et la France adressèrent de
vives protestations au sultan ; elles l’emportèrent : Abd-ul-Hamid
refusa de ratifier la convention négociée par ses
ministres. La condition provisoire de l’Égypte fut maintenue.
La question resta entière.
Les Anglais n’en consolidèrent pas moins leurs positions.
Tewfik étant mort le 7 janvier 1892, son fils Abbas-Hilmipacha
manifesta bientôt quelques velléités de résistance et
prétendit choisir ses ministres. Lord Cromer les brisa,
menaça le jeune khédive de destitution ; il céda, mais il
semble que le « parti national » ait alors fondé quelques
espérances sur lui.
Longtemps pressé par la France de tenir ses promesses
et de préciser la date de l’évacuation, la sécurité étant parfaite
dans le pays, le gouvernement anglais, représenté
par lord Salisbury, déclara que a la sécurité ne pourrait
vraiment être considérée comme parfaite en Égypte que
lorsque le drapeau égyptien flotterait sur Khartoum. »
En conséquence, il ordonna en 18961a reprise des hostilités
contre les derviches. 11 en demanda les ressources à la
caisse de la dette égyptienne : les gouvernements français
et russe s’y opposèrent et eurent gain de cause. L’Angleterre
dut pourvoir elle-même aux frais de ces entreprises, ce
qui lui donne le droit d’en tirer avantage. Dongolah fut réoccupé
sans peine par les Anglo-Égyptiens. En 1897, Berber
fut reprise aussi aisément, dans les mêmes conditions. En
1898 enfin, ils achevèrent la défaite des mahdistes ; le
sirdar Kitchener enleva Khartoum, au mois de septembre,
et dispersa les Derviches à travers le désert. La vallée du
Nil est à l’Égypte.
La convention franco-anglaise du 8 avril 1904 est une
sorte de confirmation des résultats obtenus par les Anglais
en Égypte. Du jour où le canal de Suez fut percé, la possession
leur en devint indispensable, et ils ont su se l’assurer avec
une extrême habileté : ils y sont fort aujourd’hui du service
rendu, de l’ordre rétabli. Car l’Égypte est plus que
jamais la grande route de l’Inde, et l’Inde concentre plus
que jamais leurs préoccupations. Il est vrai que d’autres
routes seront ouvertes dans cette direction par Constant!-