CHAP. V. - DKS SALAIRES
79
son de la quantité de matière première qui entre dans leur composi
tion, et il lui faudra payer davantage pour les obtenir. Quoique le
thé, le sucre, le savon, la chandelle et le loyer de sa maison ne lui
coûtent peut-être pas plus cher, le lard, le fromage, le beurre, le
linge, la chaussure et l’habillement lui coûteront davantage ; et par
conséquent, malgré l’augmentation des saiam«, sa position sera de
venue comparativement plus mauvaise. On pourrait m’objecter que
je considère toujours l’effet des salaires sur les prix, en partant de la
supposition que l’or et les métaux qui servent à frapper les monnaies
sont un produit du pays où il y a variation dans les salaires, et que
les conséquences que j’en tire s’accordent mal avec l’état actuel des
choses, parce que l’or est un métal que nous tirons de l’étranger.
Mais de ce que l’or est le produit de l’étranger, il ne s’ensuit pas que
l’argument soit moins vrai; car l’on peut démontrer que les effets se
raient, en dernière analyse, les mêmes, soit que l’on trouvât l’or dans
le propre pays, soit qu’on le retirât de l’étranger.
Lorsque les salaires haussent, c’est que l’augmentation de la ri
chesse et des capitaux augmente en général la demande de bras, qui
doit infailliblement être suivie d’une production plus considérable
de denrées. Pour mettre dans la circulation ce surcroît de denrées,
même aux anciens prix, il faudra plus d’argent, plus de cette matière
tirée de l’étranger, dont on fabrique la monnaie, et que l’on ne peut
se procurer que par l’importation, l'outes les fois que la demande
d’un article devient plus forte, sa valeur relative hausse par rapport
aux autres objets avee lesquels on l’achète. Si l’on demandait plus de
chapeaux, leur prix hausserait, et l’on donnerait plus d’or en échange.
Si c’est l’or dont la demande est plus forte, l’or haussera, et les cha
peaux baisseront de prix, car il faudra une plus grande quantité de
chapeaux et d’autres articles pour acheter la même quantité d’or.
Mais dire, dans le cas supposé, (|ue les denrées haussent en raison de
la hausse des salaires, ce serait une contradiction manifeste; car nous
dirions d’abord que l’or hausse de valeur relative par suite de la
demande, et ensuite que sa valeur relative doit baisser, parce que les
prix haussent, — deux phénomènes absolument incompatibles. Dire
que les denrées haussent de prix, c’est dire que la valeur relative de
la monnaie baisse; car ce sont les denrées qui servent à estimer la va
leur relative de l’or. Si le prix de toutes les denrées haussait, l’or
étranger ne viendrait certainement pas les acheter pendant qu elles
seraient chères ; il sortirait, au contraire, du pays pour être avanta
geusement employé, à l’étranger, à l’achat des denrées qui sont à