Full text : Oeuvres complètes

60  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE
denrées,  celui  des  salaires  et  les  profits  des  fonds  sans  avoir  aucune
influence  sur  le  prix  général  des  denrées,  des  salaires  ou  des  profits; ­
  après  avoir,  dis-je,  reconnu  ces  effets  qui  se  font  également
sentir  à  toutes  les  époques  de  la  société,  nous  pouvons  les  négliger
entièrement  en  traitant  des  lois  qui  règlent  les  prix  naturels,  les  salaires ­
  naturels  et  les  profits  naturels,  toutes  choses  indépendantes
de  ces  causes  accidentelles.  En  parlant  donc  de  la  valeur  échangeable ­
  des  choses,  ou  du  pouvoir  qu  elles  ont  d’en  acheter  d’autres,
j'entends  toujours  parler  de  cette  faculté  qui  constitue  leur  prix
naturel,  toutes  les  fois  qu  elle  n’est  point  dérangée  par  quelque  cause
momentanée  ou  accidentelle  *.

.  La  distinction  entre  le  prix  naturel  et  le  prix  courant  que  M.  Ricardo  admet
après  Smith,  parait  être  tout  à  fait  chimérique.  Il  n’y  a  que  des  prix  courants
en  économie  politique.  En  effet,  que  voyous  nous  dans  toute  espèce  de  production? ­
  r  des  services  productifs  fonciers  (l’action  productive  de  la  terre),  dont  le
-prix  courant  s’établit  comme  la  valeur  de  toute  autre  chose,  en  raison  composée
de  la  quantité  de  ce  service,  offerte  et  demandée  en  chaque  lieu  ;  2°  des  services
rendus  par  des  capitaux  productifs  dont  le  prix  courant,  le  loyer,  se  règle  sur
les  mêmes  motifs  ;  3"  eniin  des  travaux  de  tout  genre,  dont  le  prix  courant  dépend ­
  des  mêmes  causes.
Qu’est-ce  qui  établit  la  demande  du  service  productif  de  ces  divers  agents  ?  la
demande  qu’on  fait  du  produit  qui  doit  en  résulter.  Et  qu’est-ce  qui  établit  la
demande  de  ce  produit?  le  besoin  qu’on  en  a,  l’utilité  dont  il  est.
Mais  comme  on  n’achète  un  produit  qu’avec  un  autre  produit  %  et  que  le  produit ­
  qui  achète  n’a  pu  exister  de  son  côté  que  par  des  services  productifs  analogues ­
  à  ceux  qui  ont  donné  naissance  au  premier,  les  hommes  qui  composent
la  société  ne  font,  dans  la  réalité,  qu’offrir  les  services  productifs  propres  à  un
genre  de  production,  en  échange  des  services  productifs  propres  à  un  autre
genre,  propres  à  créer  le  produit  dont  ils  ont  besoin,  —  et  par  services  productifs
j’entends  non  -  seulement  les  services  que  rend  le  travail  que  1  auteur  aurait
dû  nommer  industrie,  mais  de  plus  les  services  que  rendent  les  capitaux  et  les
terres.
Il  en  résulte,  pour  chaque  genre,  une  quantité  d’offres  et  de  demandes  qui
règle  la  valeur  courante,  le  prix  courant  de  tous  ces  diftérents  services.  Il  n  y  a
point  là  de  prix  'naturel,  de  taux  commun  et  fixe,  parce  qu’il  n’y  a  rien  de  fixe
dans  ce  qui  tient  aux  valeurs.
Ce  n’est  pas  un  prix  que  le  taux  auquel  une  chose  ne  se  vend  pas  ;  et  si  elle  se
vend  à  ce  taux,  ce  taux  devient  son  prix  courant.
Tout  le  reste  est  hypothétique  et  de  peu  d’usage  dans  la  pratique.—J  -B  SaV-*

  L’argent  ou  la  monnaie  ne  sont  qu’un  intermédiaire  qui  ne  reste  pas  entre  les  mains  des
contractants.  L’argent  qui  paie  un  produit  n’a  été  acquis  que  par  la  vente  d’un  autre.  On  a
vendu  son  blé  pour  acheter  son  drap  ;  c’est  comme  si  l’on  avait  échange  du  blé  contre  du  drap
L’argent  qui  a  servi  à  cet  échange  est  allé  ailleurs.
            
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