Full text : Oeuvres complètes

CHAP.  V.  —  DES  SALAIRES.  73
Dans  la  marche  naturelle  des  sociétés,  les  salaires  tendront  à  baisser ­
  en  tant  qu  ils  seront  réglés  par  l’offre  et  la  demande  ;  car  le  nombre

^  poi  s  écrasant.  En  effet,  pour  payer  son  fermage,  celui-ci  consacre  la  plus
travail  et  de  ses  efforts  à  de  larges  étendues  de  terrain  qu’il
rc  e  lé,  et  ne  se  réserve  qu’un  champ  limité  où  croissent,  quand  Dieu  le
permet,  les  pommes  de  terre  qui  composent  son  unique  ressource.  Vienne  une
année  ou  la  terre,  frappée  de  stérilité,  ne  donne  que  de  rares  épis,  et  le  pauvre  Irandais,
  impuissant  a  assouvir  middleman,  expie,  par  la  contrainte  par  corps
U  le  bannissement,  les  caprices  de  l’atmosphère;  vienne  une  autre  année  où  ce
sont  les  pommes  de  terre  qui  manquent,  et  il  se  trouve  atteint  dans  son  existence
mém^  Son  propriétaire  est  payé,  et  peut  aller  commanditer  les  coulisses  de  Co-^ent-Garden
  et  les  courses  d’Epsom;  mais  il  lui  faut,  à  lui,  subir  toutes  les  souf.
trances  de  la  faim,  à  moins  de  courir  les  cou  pables  et  tristes  hasards  de  la  révolte
de  la  vengeance,  de  l’homicide.  Il  y  a  quelques  mois,  en  effet,  un  seul  propriétaire
■
comme  une  genérense  nourrice  qui  prête  le  sein  à  un  enfant  étranger  Or  l’ir’
lande  n’a  pas  de  mule-jennys,  pas  de  capitaux  :  tous  les  bras  sont  tendus  vers  le
sol  qu  on  appauvrit  par  une  subdivision  extrême.  Aussi,  ou  aura  beau  enconra
capitaux,  1«  progrès,  ils  devront  se  résigner  à  tourner  éternellement  dans  ce  cerle
  fatal  de  la  misere,  de  la  faim,  du  crime.  Rien  de  plus  facile  que  de  désirer
■  len  ^  re,  et  i  n  est  pas  d  homme,  filt-il  le  plus  intraitable  des  ascètes,  qui
y  a.  pire  perpétuellement  :  mais  lorsque  ces  désirs  se  brisent  contre  des  vices
amentaux,  il  faut  bien  se  résigner  à  n’y  voir  qu’une  bien  faible  ressource
our  es  populations.  Soyez  sùr  que  l’Irlandais  désire  et  que  le  cri  du  Rappel
®  cri  de  la  faim,  de  la  chair  qui  se  révolte,  plutôt  qu’un  cri  religieux  ou
O  itiqne.  Seulement,  le  réseau  des  middlemen,  des  absentéistes,  des  orangistes.
            
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