Full text : Oeuvres complètes

154

PIUNCU'ES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
indemnisé  de  l’impôt.  Mais  en  employant  le  même  capital  sur  une
terre  de  meilleure  qualité,  on  peut  recueillir  deux  mille  quarters  de

or,  qui  se  rappelle  avoir  vu  diminuer  et  surtout  annuler  des  impôts?  Cette  souplesse ­
  est  donc  analogue  à  celle  du  knout,  et  nous  la  désavouerons  en  la  baffouant,
  tant  que  nous  verrons  des  décimes  de  guerre  se  perpétuer  en  pleine  paix.
Quant  à  la  facilité  d’ajourner  à  volonté  l’impôt  individuel,  nous  dirons  que  là
repose  encore  une  erreur  grave  et  dangereuse.  Il  est  bien  vrai  sans  doute  que  le
sacrifice  se  fait  par  parcelles;  mais  il  n’est  pas  vrai  que  le  consommateur  puisse
choisir  l’époque  à  laquelle  il  devra  l’acquitter,  ni  que  la  taxe  grandisse  ou  diminue ­
  avec  ses  ressources,  c’est-à-dire  avec  la  consommation  effectuée.  En  effet,
la  vie  a  des  exigences  quotidiennes  qu’il  faut  satisfaire  quotidiennement,  et  s  il  est
possible  d’ajourner  au  lendemain  un  plaisir,  ou  l’achat  de  quelque  superfluité,  il
n’en  est  pas  de  même  des  denrées  de  première  nécessité.  Celles-là  il  les  faut  avoir
sous  peine  de  mort,  et  pour  les  avoir  il  faut  payer  tribut  à  ce  créancier  inflexible
(|ui  ne  fait  crédit  ni  aux  larmes  ni  à  la  faim,  et  qu’on  appelle  l’Octroi.  Il  faut  donc
rayer  encore  de  la  liste  des  avantages  attachés  aux  contributions  indirectes,  ces
prétendus  acx^ommodements  et  cette  prétendue  souplesse.  Reste  donc  maintenant
le  parallélisme  qu’on  dit  exister  entre  la  consommation  elle-même,  l’impôt  qui
la  grève,  et  les  ressources  de  la  masse.  Rien  de  plus  réel,  de  plus  séduisant  au
premier  coup  d’œil,  rien  de  plus  faux  en  réalité.  Voici  comment  :
Étant  donnée  une  taxe  de  0,05  c.  sur  un  litre  de  lait,  celui  qui  achète  deux  litres ­
  paiera  0,10  c.,  celui  qui  en  achète  quatre  paiera  0,20  c.,  et  ainsi  de  suite.
Notre  intelligence  va  jusqu’à  comprendre  cela;  mais  cette  taxe  en  sera-t  elle
pour  cela  plus  équitable,  plus  régulière,  plus  proportionnelle,  en  un  mot?  Nullement. ­
  Pour  tous  les  individus  jouissant  de  revenus  fixes  le  sacrifice  fait  en  faveur ­
  de  la  société  sera  sans  doute  le  même  chaque  jour  :  ce  n  est  qu  à  de  larges
intervalles,  en  effet,  que  s’abaissent  l’intérêt  des  capitaux  et  la  rente  foncière.
Mais  quoi  de  plus  mouvant,  de  plus  capricieux  (jue  les  salaires  de  I  ou\  rier  .  aujourd’hui, ­
  sous  l’influence  d’une  industrie  prospère,  ils  atteindront  un  niveau
élevé  et,  le  lendemain,  si  des  crises  financières,  des  sécessions  menacent  la  grande
ruche  populaire,  ils  diminueront,  ils  s’anéantiront  peut-être  !  Une  taxe  que  I  ou
vrier  supportait  aisément  avec  une  rétribution  de  3  ou  4  francs  par  jour,  lui  pa
raîtra  écrasante  alors  (|ue  cette  rétribution  ne  sera  plus  que  de  1  ou  de  l  tranc-Or,
  comme  ces  variations  du  tempérament  industriel  se  représentent  chaque  jour,
on  voit  à  quoi  se  réduit  ce  rapport  tant  vanté  entre  les  ressources  du  citoyen  et
tribut  qu’il  paie  à  l’État.  En  réalité  ce  rapport  qui  existe  pour  certaines  classes  ue
l’est  pas  pour  d’autres  ;  il  est  vrai  aujourd’hui,  et  ne  l’est  plus  le  lendemain.
A  quoi  on  a  objecté  qu’il  faut  à  tout  prix  des  revenus  à  l’État,  que  I  éga
lité  réelle  et  non  fictive  demandée  par  nous  est  tout  simplement  une  chimère,
qu’il  est  impossible,  par  exemple,  de  déboucher  toutes  les  bouteilles  de  vin  pour
savoir  si  on  a  affaire  à  du  .lohannisberg,  à  du  Porto  ou  à  du  Su  rene.  Il  taut  d^
revenus  à  tout  prix,  sans  doute,  excepté  au  prix  de  l’injuste  et  des  privations  J
la  classe  laborieuse  qui  a  besoin  de  toutes  ses  forces  pour  sa  rude  et  incessante  tache, ­
  véritable  rocher  de  Sisyphe,  qu\  seulement  ne  retombe  pas.  Et  quant  a
l’impossibilité  d’asseoir  nos  contributions  sur  les  données  du  bon  sens,  je  la  re
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.