Full text : Oeuvres complètes

CHAP.  XIll.  —  DES  IMPOTS  SUR  L’OR.  167
partout  employé  comme  monnaie,  on  pourrait  mettre  sur  l’or  un
impôt  très-considérable  qui  frapperait  tous  les  pays  dans  la  proportion ­
  de  1  or  qu’on  y  emploierait  dans  la  production.  Quant  à  la  portion ­
  qui  en  serait  employée  comme  monnaie,  quoiqu’on  en  retirât
un  impôt  considérable,  personne  cependant  ne  le  paierait.  C’est
^  une  propriété  particulière  du  numéraire.  Toutes  les  autres
marchandises  dont  il  n’y  a  qu’une  quantité  bornée,  et  qui  ne
peut  8  accroître  par  la  concurrence  ,  ont  une  valeur  qui  tient  au
goût,  au  caprice  et  à  la  fortune  des  acheteurs;  mais  l’argent  est
une  marchandise  qu’aucun  pays  ne  désire  augmenter  ;  car  il  n’y
a  pas  plus  d  avantage  à  employer  vingt  millions  que  dix  comme
agent  de  la  circulation.  Un  pays  pourrait  avoir  un  monopole  de
soie  ou  de  vin,  et  cependant  le  prix  de  la  soie  et  du  vin  pourrait ­
  baisser,  en  raison  du  caprice,  de  la  mode  ou  du  goût,  qui
ferait  préférer  et  remplacer  ces  articles  par  du  drap  et  de  l’eaude-vie.
  La  même  chose  pourrait,  jusqu’à  un  certain  point,  arriver ­
  par  rapport  à  l’or,  en  tant  qu’il  serait  employé  dans  les  manufactures; ­
  mais  tant  que  l’or  est  l’agent  général  de  la  circulation ­
  ou  des  échanges,  la  demande  qui  s’en  fait  n’est  jamais  une
aflaire  de  choix  :  elle  est  toujours  l’elfet  de  la  nécessité.  Vous  êtes
forcé  de  recevoir  de  l’or  en  échange  de  vos  marchandises,  et  par
conséquent  on  ne  peut  assigner  des  bornes  à  la  quantité  que  le
commerce  étranger  jieut  vous  forcer  d’accfpter,  s’il  baisse  do  valeur ­
  ;  au  contraire,  si  son  prix  hausse,  il  n’est  point  de  réduction
dans  la  quantité  de  ce  métal  à  laquelle  vous  ne  soyez  forcé  de
vous  soumettre.  Vous  pouvez,  à  la  vérité,  remplacer  le  numéraire
par  un  papier-monnaie;  mais  ce  moyen  ne  fera  pas  diminuer  la
quantité  de  la  monnaie.  Ce  n’est  que  par  la  hausse  du  prix  des
denrées  qu’on  peut  empêcher  qu  elles  soient  exportées  d’un  pays  où
I  on  peut  les  acheter  pour  peu  d’argent,  dans  un  autre  où  elles  se
vendent  plus  cher  ;  et  cette  hausse  ne  peut  s’elïectuer  que  par  l’im
Portation  d’espèces  métalliques  de  l’étranger,  ou  par  la  création  ou
augmentation  du  papier-monnaie  dans  le  pays.
Supposons  donc  que  le  roi  d’Espagne  soit  le  possesseur  exclusif
aes  mines  d’or,  et  l’or,  le  seul  métal  employé  comme  monnaie;  s’il
mettait  un  impôt  considérable  sur  I  or,  il  en  ferait  hausser  beaucoup ­
  la  valeur  naturelle;  et  comme  le  prix  courant,  en  Europe,
Pst  en  dernière  analyse  réglé  par  le  prix  naturel  dans  l’Amérique
  espagnole,  l'Europe  livrerait  une  plus  grande  quantité  de
marchandises  pour  une  quantité  déterminée  d’or.  Cependant  l’Amé-
            
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