CHAP. XVlll. - DE LA TAXE DES PAUVRES.
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t“t selon les circonstances différentes, il tombe sur le consommateur
des produits agricoles et des marchandises, sur les profits du capital
populaire, affamé et irrité ; ces ateliers, qui n’ont, d’ailleurs, reçu d’organisation
définitive qu’en Angleterre, font pour le travail ce que les greniers d’abondance
font, ou sont censés faire, pour les subsistances. Ils tiennent de la main-d’œuvre
en réserve, et peuvent être appelés des dépôts de salaires. Quand le travail se
ralentit dans les manufactures, le flot des ouvriers que la grève jette inoccupés
dans les villes et dans les champs, se dirige sur les Work-houses, y pénètre et y
séjourne jusqu’au moment où les capitaux redevenus abondants font mouvoir de
nouveau les cent bras des machines. Alors le reflux commence, et ce sont les ate
bers de charité que désertent les travailleurs.
Comme agent économique, ce système présente donc des avantages incontesta
bles, car il pose sous l’édifice manufacturier des étais solides et puissants ; — comme
agent moralisateur, il est peut-être plus recommandable encore. Ainsi l’indigent
peut entrer tête haute dans ces asiles où l’attendent, s’il est vigoureux, du travail
et des salaires ; s’il est vieux et infirme, des soins, du repos, des salles spacieuses où
se réchauffent ses membres glacés; s’il est enfant, le lait de nourrices émérites,
et ces nids tapissés de linge blanc’et qu’on appelle crèches. Adulte, il reçoit le prix
de son œuvre actuelle ; vieillard, le prix des richesses qu’il a préparées et semées
pour les générations nouvelles ; enfant, le prix de son travail futur, et peut-être
de son génie. Sous le double rapport de la régçularisation du mouvement indus
triel et de la dignité humaine, les Work-houses sont donc une institution salu
taire en principe, salutaire en fait; et, s’il est arrivé souvent, comme à Andover,
comme en d’autres districts, que l’Etat ait fait payer cher aux malheureux le
secours qu’il leur donne, ou plutôt qu’il échange contre leur temps et leurs
sueurs ; s’il est arrivé que, sous prétexte de viande, on leur ait laissé ronger des
os et d’infâmes rebuts, et que, sous prétexte de travail, on les ait épuisés avec le
tread-mill, et abrutis avec cette infernale invention de travail inutile, — som
bre reproduction des supplices mythologiques d’ixion et de Sysyphe ; s’il est arrivé
enfin, que ces lieux de refuge aient été transformés en géhennes, ce n’est ni à
l’institution elle-même, ni aux législateurs qu’il faut en demander compte.
Quelque généreux et sages que soient des ministres, ils ne peuvent faire qu’il ne
se glisse dans les rangs des administrateurs des âmes cruelles ou insouciantes,
— ce qui revient au même, quand il s’agit de la tutelle des pauvres. Il serait tout
aussi absurde de rendre le Gouvernement anglais responsable de ces tristes acci
dents, que de lui attribuer les insolences des plus vils limiers de police, ou les
fureurs que tels ou tels soudards commettent sur les bords de l’Indus ou du
Rrahmapooter. La torture est bien sortie du livre le plus doux, le plus miséricor
dieux, l’Evangile; comment s’étonner de voir jaillir d’un acte du Parlement des
8 US et des infamies? N’y a-t-il pas ici-bas, perdues dans le nombre, des femmes
qui portent au front le stigmate des marâtres? comment n’y aurait-il pas des
ommes portant le stigmate des mauvais directeurs de Work-house ? Sans doute,
existence qu’on y a faite aux pauvres, n’a pas les douceurs et les joies ineffa-
es d un Phalanstère, d’une Icarie, d’une Utopie, d’une île de Barataria, ou de
toute autre villégiature dessinée à la plume, et bâtie sur le terrain capricieux de