Full text : Oeuvres complètes

236  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
cette  valeur  annuelle  provienne  du  capital  du  propriétaire  ou  du
capital  du  fermier.
Deux  fermiers  qui  affermeraient  des  terres  de  deux  qualités  différentes ­
  dans  une  même  paroisse,  et  dont  l’un  paierait  une  rente  de
100  1.  par  an  pour  cinquante  acres  de  la  terre  la  plus  fertile,  et  l’autre
la  même  somme  de  100  1.  pour  mille  acres  de  la  terre  la  moins  fertile, ­
  paieraient  une  somme  pareille  pour  la  taxe  des  pauvres,  si  aucun ­
  de  ces  fermiers  ne  cherchait  à  améliorer  sa  terre;  mais  si  le  fermier ­
  de  la  mauvaise  terre,  comptant  sur  un  très-long  bail,  se  décidait
à  améliorer  à  grands  frais  les  facultés  productives  de  sa  terre,  au
moyen  d’engrais,  de  dessèchements,  de  clôtures,  etc.,  il  contribuerait, ­
  dans  ce  cas,  à  l’impôt  des  pauvres,  non  à  proportion  de  la  rente
payée  au  propriétaire,  mais  du  produit  annuel  qu’aurait  la  terre.  La
valeur  de  l’impôt  pourrait  être  égale  ou  plus  forte  que  la  rente;  mais
que  cela  fût  ou  non,  il  est  certain  qu’aucune  partie  de  cet  impôt  ne  serait ­
  payée  par  le  propriétaire.  Le  fermier  l’aurait  calculé  d’avance;
et  si  le  prix  des  produits  ne  suffisait  pas  pour  le  rembourser  de  tous
ses  frais,  en  y  joignant  ce  surcroît  de  charge  pour  les  pauvres,  il  n’entreprendrait ­
  point  ces  bonifications.  11  est  donc  évident  que,  dans  ce
cas,  l’impôt  est  payé  par  le  consommateur;  car,  s’il  n’eût  pas  existé
de  pareil  impôt,  les  mêmes  bonifications  auraient  été  entreprises,  et
on  aurait  retiré  du  capital  employé  le  taux  ordinaire  et  général  des
profits,  avec  une  diminution  dans  le  prix  du  blé.
11  n’y  aurait  rien  de  changé  à  l’état  de  la  question,  si  le  propriétaire, ­
  ayant  fait  ces  bonifications,  eût  augmenté  la  rente  de  sa  terre
de  100  1.  à  500  1.  Dans  ce  cas,  l’impôt  pèserait  également  sur  le  consommateur; ­
  car,  si  le  propriétaire  se  décide  à  dépenser  une  forte
somme  sur  sa  terre,  c’est  dans  l’espoir  d’en  retirer  une  rente  qui  pût
l’indemniser  de  ses  déboursés  ;  et  cette  rente  dépendrait  à  son  tour
d’une  hausse  dans  le  prix  du  blé,  non-seulement  suflisaiite  pour  payer
l’excédant  de  rente,  mais  encore  pour  acquitter  l’impôt  dont  ta  terre
se  trouverait  gi’evée.  ¡Víais  si,  en  même  temps,  tout  le  capital  du  manufacturier ­
  contribuait,  pour  sa  part,  à  la  taxe  des  pauvres,  dans  la
même  proportion  que  le  capital  dépensé  par  le  fermier  ou  le  propriétaire ­
  en  améliorations  agricoles,  alors  ce  ne  serait  plus  un  impôt  partiel ­
  sur  les  profits  du  capital  du  fermier  ou  du  propriétaire,  ce  serait
un  impôt  sur  le  capital  de  tous  les  producteurs,  et,  par  conséquent,
il  ne  pourrait  plus  être  rejeté  ni  sur  le  consommateur  des  produits
immédiats  de  la  terre,  ni  sur  le  propriétaire.  Les  profits  du  fermier  ne
se  ressentiraient  pas  plus  de  l’impôt  que  ceux  du  manufacturier,  et  le
            
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