CH. XX. — DES PROPRIÉTÉS DE LA VAl.ELR ET DES RICHESSES. 201
reis, quoiqu’ils ajoutent beaucoup à la valeur d'ulihlé n’augmentent
jamais la valeur échangeable d’une chose, et c est celle dont parle ici
M. fiay. Aussitôt qu’au moyen de machines, ou par nos connaissances
en physique, nous forçons les agents naturels à faire 1 ou\ rage que
l’homme faisait auparavant, la valeur échangeable de cet ouvrage
tombe en conséquence. S’il fallait dix hommes pour faire tourner un
moulin à blé, et qu’on découvrit que, parle moyen du vent ou de l’eau,
le travail de ces [dix hommes pourrait être épargné, la farine qui
serait le produit de l’action du moulin tomberait dès ce moment de
valeur, en proportion de la somme de travail épargné; et la société
se trouverait enrichie de toute la valeur des choses que le travail de
ces dix hommes pourrait produire, — les fonds destinés a l’entretien
des travailleurs n’ayant pas éprouvé par là la moindre diminution.
M. Say méconnaît toujours la différence qui existe entre la valeur en
échange et la valeur d’utilité.
M. Say accuse le docteur Smith de n’avoir pas fait attention à la
valeur donnée aux choses par les agents naturels et par les machines,
en raison de ce qu’il considérait la valeur de toutes choses comme
étant dérivée du seul travail de l’homme; mais il ne me paraît pas
que cette accusation soit prouvée; car, dans aucun endroit de son
ouvrage, Adam Smith ne déprécie les services que ces agents naturels
et les machines nous rendent, mais il caractérise avec beaucoup
de justesse la nature de valeur (pi ils ajoutent aux choses. Ils sont
utiles, en ce qu’ils augmentent l’abondance des produits, et qu’ils
M Say qui les tire, et non le docteur Smith; elles sont fondées si l’on ne distin
gue pas la valeur d’avec la richesse ; mais Adam Smith, quoiqu’il ait avancé que la
richesse consiste dans Pahondance des choses nécessaires, utiles, ou agréables à
la vie, aurait admis que les machines et les agents naturels peuvent ajouter beau
coup à la richesse d’un pays : cependant il n’aurait point accordé que ces objets
pussent rien ajouter à la valeur échangeable des choses. Note de l Auteur, à
quoi M. Say répond :
De mes dernières not(*s on peut inférer ma réponse à celle-ci. L action gratuite
des agents naturels, quand elle remplace l’action onéreuse des hommes et des ca
pitaux, fait baisser la valeur des produits. Comme toute valeur est relative, la va
leur des produits ne peut pas baisser sans que la valeur des revenus (ou des fonds
productifs qui donnent ces revenus) n’augmente. Les consommateurs sont d’au
tant plus riches, que les produits sont à meilleur marché. J’ai prouvé ailleurs (jue
la baisse des produits provenant d’une économie dans les frais de production
n’altérait en rien les revenus des producteurs; un homme qui parvient à aire par
jour deux paires de bas à 3 francs gagne autant que lorsqu il en faisait une a
6 francs J.-R. Say.