Full text : Oeuvres complètes

ív.

394  PRÍNCIPES  DE  L'ÉCONOMIE-POLITIQUE.
Tant  que  le  gouvernement  fait  frapper  des  monnaies  sans  retenir
les  frais  de  monnayage,  les  pièces  de  monnaies  ont  une  valeur  égale
à  celle  de  toute  autre  pièce  de  même  métal,  d’un  poids  et  d’une  finesse ­
  pareils.  Mais  si  le  gouvernement  retient  un  droit  de  monnayage
ou  de  seigneuriagc,  la  pièce  de  métal  frappée  excédera  en  général  la
valeur  de  la  pièce  non  frappée  de  tout  le  montant  de  ce  droit,  parce  ^
qu’elle  aura  exigé  plus  de  travail,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  la  valeur ­
  duproduit  d’une  plus  grande  quantité  de  travail  pour  sa  fafiri-  I
cation.
Quand  l’État  seul  bat  monnaie  ,41  ne  peut  pas  y  avoir  de  limites
à  ce  droit  de  monnayage  ;  car,  en  restreignant  la  quantité  du  numéraire, ­
  on  peut  en  élever  fa  valeur  indéfiniment.
C’est  en  vertu  de  ce  principe  que  circule  le  papier  monnaie.  Toute
sa  valeur  peut  être  regardée  comme  représentant  un  seigneuriagc.
Quoique  ce  papier  n’ait  point  de  valeur  intrinsèque,  cependant,  si  ;
l  l’on  en  borne  la  quantité,  sa  valeur  échangeable  peut  égaler  la  va-\
  leur  d’une  monnaie  métallique  de  la  même  dénomination,  ou  de  lingots ­
  estimés  en  espèces  C’est  encore  par  le  même  principe,  c  est-àdire
  en  bornant  la  quantité  de  la  monnaie  que  des  pièces  d’un  bas  titre
peuvent  circuler  pour  la  valeur  qu’elles  auraient  eue  si  leur  poids  et-  i
leur  titre  étaient  ceux  fixés  par  la  loi,  et  non  pour  la  valeur  intrin-  ,
sèque  du  métal  pur  qu’elles  contiennent.  Voila  pourquoi,  dans  l’his-  j
toire  des  monnaies  anglaises,  nous  trouvons  que  notre  numéraire  n  a  |
jamais  été  déprécié  aussi  fortement  qu’il  a  été  altéré,  l  a  raison  en  f
est  qu’il  n’a  jamais  été  multiplié  en  proportion  de  sa  dépréciation"*.  I
Le  point  capital  dans  l’émission  du  papier  -  monnaie,  c  est  d  être
l  parfaitement  éclairé  sur  les  effets-qui  résultent  du  principe  de  la  rcs-\
  triction  dans  les  quantités  mises  en  circulation.  On  voudra  a  peine  -
croire  dans  cinquante  ans  que  les  directeurs  de  la  banque  et  les  mi-  ,
'  nistres  ont  soutenu  à  la  fois  devant  le  Parlement,et  devant  les  Comi-  ;

:  Cet  exemple  devrait  suffire,  ce  semble,  pour  convaincre  l’auteur  que  la  base
de  toute  valeur  est,  non  pas  la  quantité  de  travail  nécessaire  pour  faire  une  mar
cbandise,  mais  le  besoin  qu’on  en  a,  balancé  par  sa  rareté.  Le  travail,  ou  en  ge
néral  les  frais  de  production,  sont  une  difficulté  à  vaincre  qui  borne  la  quantit
d’une  marchandise  qu’on  peut  apporter  sur  le  marché,  et  c’est  en  ce  sens  qu  i  s
sont  un  des  éléments  de  la  valeur  des  choses.  Mais  quand  cette  rareté  est  volontaire, ­
  l’effet  est  le  même.—J  .-B.  Say.
3  ce  que  je  dis  des  monnaies  d’or  est  également  applicable  à  celles  d  âreent
  et  il  serait  inutile  de  les  désigner  toutes  les  deux  à  tout  propos.
®  ’  {Note  de  l'Auteur)-
            
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