Full text : Oeuvres complètes

XL  NOTICK  SUK  LA  VIK  KT  LKS  KCfUTS
grante,  comme  on  voit,  et  on  peut  même  dire  que,  dans  le  développement
de  cette  doctrine,  Smith  n’a  pas  déployé  une  rigidité  de  logique  égale  à
celle  dont  Ricardo  a  fait  preuve.  Comme  si  son  génie  avait  éprouvé  une
violence  instinctive  à  s’égarer  dans  des  abstractions  quintessenciées,  et  absolues, ­
  il  a  marché  de  compromis  en  compromis  dans  la  question  de  la
rente.  On  peut  même  dire  qu’après  avoir  dénié  au  monopole  du  propriétaire ­
  la  faculté  de  grossir  le  prix  du  blé,  il  a  fait  naître,  par  ses  raisonnements, ­
  par  les  faits  sur  lesquels  il  s’appuie,  une  conviction  contraire  dans
les  esprits.  N’importe,  nous  ne  reculerons  pas  devant  cette  écrasante  autorité ­
  ;  nous  admirons  le  génie,  mais  nous  ne  lui  accordons  pas  plus  le  despotisme ­
  de  l’idée  que  le  despotisme  de  la  loi  ou  de  l’épée,  et  l’erreur  fût-elle
couverte  de  voiles  trois  fois  sacrés  comme  ceux  d’Isis,  il  nous  semble  que
nous  aurions  la  téméraire  présomption  de  la  combattre  encore.
Et  d’abord,  nous  dirons  que  la  valeur  des  choses,  dans  une  civilisation
déjà  avancée,  ne  se  règle  pas  exclusivement  sur  les  frais  de  production,  ni
sur  l’offre  et  la  demande,  mais  bien  sur  une  combinaison  de  ces  deux  lois.
Retrancher,  dans  la  détermination  du  prix,  une  de  ces  deux  influences,
c’est  donc  mutiler  la  vérité  et  isoler  des  principes  inséparables  :  c’est  faire
quelque  chose  d’analogue  à  l’action  d’un  individu  qui,  pour  mettre,  une
balance  en  équilibre,  enlèverait  un  des  plateaux.  Ces  principes  posés,  il  ne
reste  plus  qu’a  en  faire  l’application  à  la  culture  des  terres  et  au  revenu
(|u’on  en  tire.
La  forme  la  plus  antique  qu’ait  revêtue  l’exploitation  du  sol  a  été  celle
de  la  communauté.  Mais  les  tristes  résultats  de  ce  système,  auquel  on  voudrait ­
  nous  ramener  sous  d’autres  formes,  ne  pouvaient  mant|uer  de  conduire ­
  à  une  organisation  sociale  qui  ne  laissât  plus  les  terres  en  friche  et
délivrât  l’humanité  du  fantôme  livide  et  menaçant  de  la  faim.  On  découvrit ­
  alors  que  dans  le  vaste  amalgame  de  la  communauté,  le  ressort  individuel ­
  se  trouve  anéanti,  et  que  le  travail  social  ne  s’effectue  que  loi’sque
la  rémunériition  se  proportionne  à  l’œuvre  produite.  Chacun  prit  alors  la
responsabilité  de  sa  propre  existence,  et  la  propriété  fut  instituée  comme
un  dépôt  remis  à  l’individu  dans  son  intérêt  et  dans  l’intérêt  collectif  des
populations.
Jusque  là  nous  demeurons  parfaitement  d’accord  avec  Ricardo,  et  nous
reconnaîtrons  même  pour  un  moment  que  l’exploitation  directe  du  sol  par
le  propriétaire  se  perpétua  tant  que  l’humanité  eut  devant  elle  des  espaces ­
  immenses  sur  lesquelles  s’épanchèrent  successivement  les  nouvelles  générations. ­
  Mais  est-il  bien  certain  que  les  races  humaines  aient  pu  choisir
précisément  les  meilleures  terres,  pour  descendre,  d’échelons  en  échelons,
jusque  sur  les  terrains  les  moins  fertiles?  En  creusant  le  sol,  le  savant  y
voit,  disposées  comme  les  feuillets  d’un  livre  immense,  les  couches  diverses
qui  retracent  l’histoire  de  nos  révolutions  géologiques;  mais  oit  sont  les  caractères ­
  précis  qui  révèlent  tout  d’abord  un  terrain  de  première  ou  de  seconde ­
  qualité?  Le  rayonnement  des  populations  se  fait  même,  en  général,
            
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