HÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. 459
Ce sont ces preuves que je me propose d’examiner — bien convaincu,
que si je n’en démontre pas la nullité, mon impuissance seule en devra
être accusée et non la vérité des principes.
M. Bosanquet commence par se prévaloir d’une accusation vulgaire
contre les théoriciens, accusation qu’on a si souvent reproduite der
nièrement et dans des régions trop élevées. Tl prévient le public de ne
point ajouter foi à leurs spéculations abstraites avant de les avoir sou
mises à l’épreuve du fait, et il s’offre avec bienveillance pour guide
dans cet examen. Si jusqu’ici notre pays n’avait commercé que par
voie d’échanges, et qu’il voulût, pour la première fois, établir un sys
tème destiné à faciliter les transactions par l’intervention de la mon
naie , on aurait quelque droit à appeler purement théoriques les
principes proposés à l’attention publique ; car leurs effets pratiques,
quoique clairement dictés par l’expérience du passé, n’auraient pas
eneore été contrôlés. Mais, quand les principes d’une circulation,
vieille d^à, sont bien compris; quand les lois qui règlent le taux du
change entre les différentes nations ont été connues et ot)servées
depuis des siècles, est-on bien venu à nommer purement théorique
le système qui en appelle aux principes et qui invoque pour ses for
mules le contrôle de ces mêmes lois?
C’est à un jugement pareil qu’est actuellement soumis le rapport
du comité, et les esprits sont ainsi sollieités à admettre qu’une théorie
reconnue par ses adversaires comme invulnérable aux armes de la
raison et des arguments, peut être renversée par un appel aux faits.
On nous dit : « Quelle que soit l’audace avec laquelle le principe est
certifié, quelle que soit la force avec laquelle la raison semble le sanc
tionner, il n’est généralement pas vrai et dément tous les faits. »
C’est là l’épreuve à laquelle j’ai longtemps désiré voir soumettre cette
importante question. J’ai longtemps désiré que ceux-là qui refu
sent leur assentiment à des principes que l’expérience semble avoir
sanctionnés, voulussent bien formuler leur propre théorie, relative
ment à la cause des phénomènes actuels de notre circulation ; ou du
moins voulussent bien désigner les faits qu’ils envisagent comme
opposés à ceux {ju’une ferme conviction m’a fait adopter.
Je suis donc profondément reconnaissant envers M. Bosanquet.
Si, comme je le suppose, je suis capable de prévenir ses objections ; d’en
démontrer l’impuissance; de le convaincre que ses décisions sont en
opposition avec les faits; que ses prétendues preuves, il les doit à la
fausse application d’un principe et non à l’imperfection du principe