Full text : Oeuvres complètes

474

OEUVRES  DIVERSES.

un  marc  d’or.  Ce  nombre  tut  porté  de  30  à  32.  C’est  pourquoi,
avant  1785,  l’or  dut  sans  doute  être  évalué  à  la  monnaie  de  France

joint  aux  progrès  de  la  fortune  publique,  tend  chaque  jour  à  av  ilir  ce  métal,
à  l’éloigner  de  la  valeur  illusoire  que  lui  avaient  assignée  les  législateurs.  Plus  les
paiements  d’un  pays  sont  abondants  et  multiples,  plus  il  faut  que  l’agent  monétaire ­
  soit  précieux,  soit  susceptible  de  représenter  sous  un  petit  volume  de  grandes
sommes.  Et  il  serait  aussi  absurde  de  vouloir  enchaîner  l’Angleterre  et  même  la
Franc«  à  la  monnaie  d’argent  que  de  les  condamner  au  supplice  des  anciens
coches,  au  milieu  de  ce  tourbillon  d’affaires  et  d’idées  qui  nous  fait  déjà  songer
à  remplacer  la  vapeur,  trop  lente  à  nous  mener  au  but.  C’est  ainsi  que  les
nations  sont  passées  d’elles-mêmes  de  la  monnaie  de  fer  à  la  monnaie  de  cuivre,
de  celle-ci  aux  espèces  en  argent.  C’est  ainsi  que  l’argent  cède  graduellement  la
place  à  l’or  dans  les  grands  foyers  industriels  et  financiers,  et  qu’eniin  l’or  lui-même ­
  se  verra  dépossédé  au  proüt  de  la  monnaie  de  papier.  17Angleterre  a  donné
le  signal  de  cette  nouvelle  évolution  :  l’argent  n’y  circule  plus  guère  que  comme  appoint, ­
  et  les  économistes  les  plus  avancés  et  les  plus  pratiques  de  ce  pays,  rêvent
déjà  une  circulation  conçue  sur  les  plans  téméraires  de  I.aw,  tempérés  par  la
sagacité  de  Ricardo,  de  Liverpool  et  de  la  célèbre  commission  de  1810.  Sur  une
circulation  totale  de  près  de  1,750  millions,  on  ne  compte  dans  la  Grande-Bre-^
  tagne  que  750  millions  de  numéraire  ;  le  reste  se  compose  de  billets  de  banque,
!  et  cette  proportion  grandit  chaque  jour.
La  France  est  bien  loin  de  cette  perfection  :  elle  fait  encore  la  sourde  oreille  au
progrès,  et  sous  prétexte  qu’elle  a  peur  de  revenir  aux  petites  filles  et  aux  assignats, ­
  elle  conserve  environ  400  millions  de  billets  de  banque  contre  2  milliards
et  demi  de  monnaie  métallique.  Mais  le  mouvement  l’entraînera  malgré  elle,
parce  qu’on  ne  tarde  pas  à  rejeter  des  instruments  vieillis  et  impuissants,  et  parce ­
  que  l’argent,  s’avilissant  chaque  jour,  menace  de  n’être  plus  qu’une  sorte  de
billon.  Pas  n’est  besoin,  comme  ou  voit,  de  recourir  pour  tout  cela  à  des  lois
lentement  alambiquées  et  à  des  prodiges  d’équilibre,  La  circulation  d’un  pays
reflète  nécessairement  sa  situation  financière  :  pauvre,  elle  est  desservie  par  des
métaux  d’un  ordre  inférieur;  riche,  elle  emprunte  à  l’or  et  à  l’argent  leur  éclat
et  leur  valeur.  Ce  qui  est  monnaie  légale  aujourd’hui  ne  pourra  donc  plus  l’être
demain  :  et  c’est  bien  folie  que  de  s’opposer  ainsi  au  libre  mouvement  des  choses,
et  d’entasser  dissertations  sur  dissertations,  théorèmes  sur  théorèmes,  pour  chercher ­
  un  étalon  des  valeurs  gui  se  fixera  de  lui-même.  L’histoire  si  connue  des
Sept-Dormants  contient  des  renseignements  curieux  à  cet  égard.  Et  il  est  trèsfâcheux
  que  tant  d’hommes  sérieux  n’aient  pas  su  les  y  découvrir,  et  sacrifient
encore,  dans  la  question  des  monnaies  et  des  banques,  à  des  idées  de  réglementation ­
  qu’ils  rejettent  pour  tant  d’autres  faits  sociaux.  Robert  Peel,  cet  esprit  si
puissant,  si  logique,  n’a  pas  su  lui-même  s’affranchir  de  ces  erreurs,  de  ces  entraves, ­
  et  sa  loi  de  1844,  si  justement  critiquée  en  Angleterre,  nous  le  montre  visant
à  faire  de  la  Banque  d’Angleterre  un  établissement  à  ressorts,  une  sorte  d’automate ­
  destiné  à  émettre  des  billets,  et  rivalisant  avec  ceux  de  Vaucanson  ou  avec
l’homme  d’airain  de  Roger  Bacon  L’avenir  prouvera  que  la  liberté  est  bonne
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.