OEUVRES DIVERSES.
dëe en principe, on n’aurait aucun droit à l’appliquer ici, car
les produits que le manufacturier aurait à vendre resteraient au
même prix. L’avilissement de la valeur atteindrait seulement les
objets qu’il doit acheter, nommément le blé et le travail, et servi
rait aussi à multiplier ses profits. Je dois redire ici, qu’une hausse
dans la valeur de la monnaie abaisse le prix de toutes choses; tandis
qu’une baisse dans le prix du blé réduit seulement les salaires du
travail, et par cela môme, élève le taux des profits.
Si donc la prospérité de la classe commerciale conduit inévitable
ment à l’accumulation des capitaux et aux progrès des industriels fé
condes, on doit se rallier à une baisse dans les prix des blés comme
au moyen le plus sûr pour atteindre ce résultat \
Je ne saurais approuver comme M. Malthus cette opinion d’Adam
e Cette conclusion serait désolante, s’il était vrai que l’abaissement du prix
des céréales dût réagir fatalement sur les salaires. Dans ce cas, loin d’ouvrir
largement les portes aux importations étrangères, loin de favoriser le pro
grès des méthodes agronomiques, loin de multiplier les moissons dans un pays
et de verser l’abondance à pleines mains ; dans ce cas, disons-nous, il faudrait re
dresser les barrières abattues, briser les charrues, faire brûler, par la main du
bourreau, les traités d’agriculture, afin de diminuer la masse des céréales pro
duites, d’en augmenter conséquemment les prix, et d’en faire une denrée de luxe.
Après quoi il ne resterait plus aux ouvriers qu’à opter entre les deux conseils qui
leur furent donnés au dix-huitième siècle par une princesse et par un traitant : —
ils auraient à manger de la brioche ou à brouter l’herbe des prés. Ricardo
penche pour la brioche, car il ne peut séparer, dans ses abstractions, la hausse
des salaires de l’élévation des prix : nous, au contraire, nous craignons la plus
horrible détresse, car nous avons pour nous la logique des idées et la logique
des faits, car nous avons le compte des générations mortes au souffle de la fa
mine, car nous savons ce que des prix de 3» francs l’hectolitre et de 100 sch le
quarter ont produit de faillites, de douleurs, de secousses sanglantes en Franc« et
en Angleterre. Nous ne saurions, d’ailleurs, nous résigner aussi facilement que le
savant économiste anglais, à voir ainsi grandir les profits aux dépens des salaires,
et nous ne verrions aucun progrès dans un système qui, renversant toutes les lois
de la charité et du bon sens, tailleraient dans les haillons du pauvre de quoi vêtir
les riches Notre cri serait, dans le système de Ricardo, en faveur des monopoles,
des restrictions, des impôts, en un mot de tout ce qui accroît la valeur des cho
ses,contre tout ce qui tend à niveler le bien-être : et au lieu d’être les disciples de
Smith, de Say et de Cobden, nous chercherions encore à réaliser, avec une ba
lance et des faux poids, — le rêve des mercantilistes. Mais nous croyons avoir
démontré déjà que Ricardo se trompe, que le bas prix des subsistances est un pro
grès aussi bien que le bas prix des objets manufacturés, des livres, des transports,
et que le grand problème économique de l’avenir doit être précisément de donner
une marche ascendante aux salaires et une marche rétrograde aux prix. A. F.