CHAP. H. — DE LA RENTE DE LA TERRE.
41
toute recherche relative à la rente et aux profits ; car on verra que
les causes qui influent sur la hausse de la rente sont entièrement
différentes de celles qui déterminent fau^mentation des profits, et
qu elles agissent rarement dans le même sens. Dans tous les pays
avancés en civilisation, la rétribution qu’on paie annuellement au
propriétaire foncier, participant à la fois de la nature de la rente et
de celle des jirofits, reste parfois stationnaire, et parfois augmente
ou diminue selon que prédominent telles ou telles causes. C’est pour
quoi quand je jiarlerai de rente dans la suite de cet ouvrage, je ne
désignerai sous ce mot que ce que le fermier paie au propriétaire
pour le droit d’exploiter les facultés primitives et indestructibles du
sol.
Lorsque des hommes font un premier établissement dans une con
trée riche et fertile, dont il suffit de cultiver une très-petite étendue
pour nourrir la population, ou dont la culture n’exige pas plus de
capital que n’en possèdent les colons, il n’v a point de rente; car qui
songerait à acheter le droit de cultiver un terrain, alors que tant de
terres restent sans maitre, et sont par conséquent à la disposition de
quiconque voudrait les cultiver?
Par les principes ordinaires de l’offre et de la demande, il ne pour
rait être payé de rente pour la terre, par la même raison qu’on n’a-
chête point le droit de jouir de l’air, de l'eau, ou de tous ces autres
biens qui existent dans la nature en quantités illimitées. Moyennant
quelques matériaux, et à l’aide de la pression de l’atmosphère et de l’é
lasticité de la vapeur, on peut mettre en mouvement des machines qui
abrègent considérablement le travail de l’homme; mais personne
n’achète le droit de jouir de ces agents naturels qui sont inépuisa
bles et que tout le monde peut employer. De même, le brasseur, le
distillateur, le teinturier, emploient continuellement l’air et l’eau dans
la fabrication de leurs produits ; mais comme la source de ces agents est
inépuisable, ils n’ont point de prix ‘.Si la terre jouissait partout des
‘ « La terre, ainsi que nous l’avons déjà vu, n’est pas le seul agent de la nature
» qui ait un pouvoir productif; mais c’est le seul, ou à peu près, que l’homme ait
» pu s approprier, et dont, par suite, il ait pu s’approprier le bénéfice. L’eau des
» ri\ières et de la mer, par la faculté qu’elle a de mettre eu mouvement nos machi-
" nés, de porter nos bateaux, de nourrir des poissons, a bien aussi un pouvoir
® productif; le vent qui fait aller nos moulins, et jusqu’à la chaleur du soleil,
» travaillent pour nous ; mais heureusement personne n’a pu dire : Le vent et
« le soleil m’appartiennent, et le service qu’ils rendent doit m’étre paijé."
Economiepolilique, par J.-B. Say, liv. //, chap,^.