Full text : Oeuvres complètes

CHAP.  H.  —  DE  LA  RENTE  DE  LA  TERRE.

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toute  recherche  relative  à  la  rente  et  aux  profits  ;  car  on  verra  que
les  causes  qui  influent  sur  la  hausse  de  la  rente  sont  entièrement
différentes  de  celles  qui  déterminent  fau^mentation  des  profits,  et
qu  elles  agissent  rarement  dans  le  même  sens.  Dans  tous  les  pays
avancés  en  civilisation,  la  rétribution  qu’on  paie  annuellement  au
propriétaire  foncier,  participant  à  la  fois  de  la  nature  de  la  rente  et
de  celle  des  jirofits,  reste  parfois  stationnaire,  et  parfois  augmente
ou  diminue  selon  que  prédominent  telles  ou  telles  causes.  C’est  pourquoi ­
  quand  je  jiarlerai  de  rente  dans  la  suite  de  cet  ouvrage,  je  ne
désignerai  sous  ce  mot  que  ce  que  le  fermier  paie  au  propriétaire
pour  le  droit  d’exploiter  les  facultés  primitives  et  indestructibles  du
sol.
Lorsque  des  hommes  font  un  premier  établissement  dans  une  contrée ­
  riche  et  fertile,  dont  il  suffit  de  cultiver  une  très-petite  étendue
pour  nourrir  la  population,  ou  dont  la  culture  n’exige  pas  plus  de
capital  que  n’en  possèdent  les  colons,  il  n’v  a  point  de  rente;  car  qui
songerait  à  acheter  le  droit  de  cultiver  un  terrain,  alors  que  tant  de
terres  restent  sans  maitre,  et  sont  par  conséquent  à  la  disposition  de
quiconque  voudrait  les  cultiver?
Par  les  principes  ordinaires  de  l’offre  et  de  la  demande,  il  ne  pourrait ­
  être  payé  de  rente  pour  la  terre,  par  la  même  raison  qu’on  n’achête
  point  le  droit  de  jouir  de  l’air,  de  l'eau,  ou  de  tous  ces  autres
biens  qui  existent  dans  la  nature  en  quantités  illimitées.  Moyennant
quelques  matériaux,  et  à  l’aide  de  la  pression  de  l’atmosphère  et  de  l’élasticité ­
  de  la  vapeur,  on  peut  mettre  en  mouvement  des  machines  qui
abrègent  considérablement  le  travail  de  l’homme;  mais  personne
n’achète  le  droit  de  jouir  de  ces  agents  naturels  qui  sont  inépuisables ­
  et  que  tout  le  monde  peut  employer.  De  même,  le  brasseur,  le
distillateur,  le  teinturier,  emploient  continuellement  l’air  et  l’eau  dans
la  fabrication  de  leurs  produits  ;  mais  comme  la  source  de  ces  agents  est
inépuisable,  ils  n’ont  point  de  prix  ‘.Si  la  terre  jouissait  partout  des

‘  «  La  terre,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  vu,  n’est  pas  le  seul  agent  de  la  nature
»  qui  ait  un  pouvoir  productif;  mais  c’est  le  seul,  ou  à  peu  près,  que  l’homme  ait
»  pu  s  approprier,  et  dont,  par  suite,  il  ait  pu  s’approprier  le  bénéfice.  L’eau  des
»  ri\ières  et  de  la  mer,  par  la  faculté  qu’elle  a  de  mettre  eu  mouvement  nos  machi-"
  nés,  de  porter  nos  bateaux,  de  nourrir  des  poissons,  a  bien  aussi  un  pouvoir
®  productif;  le  vent  qui  fait  aller  nos  moulins,  et  jusqu’à  la  chaleur  du  soleil,
»  travaillent  pour  nous  ;  mais  heureusement  personne  n’a  pu  dire  :  Le  vent  et
«  le  soleil  m’appartiennent,  et  le  service  qu’ils  rendent  doit  m’étre  paijé."
Economiepolilique,  par  J.-B.  Say,  liv.  //,  chap,^.
            
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