Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DASUDE.

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rares,  changèrent  de  couleur  :  ils  devinrent  roses,  violets,  jaunes,  comme
si  un  vol  de  perroquets  se  fût  abattu  sur  leurs  branches.  C  étaient  les  vifs
reflets  d’un  arc-en-ciel  qui  dressait  au-dessus  de  la  vallée  sa  voûte  multicolore ­
  comme  un  pont  de  pierreries.
Un  petit  vent  s’éleva  et  balaya  le  ciel,  et  les  nuages  s’envolèrent  comme
un  grand  triangle  d’oies  sauvages.  Puis  le  soleil  montra  sa  face  radieuse  de
triomphateur,  et  ses  rayons  puisèrent  dans  un  écrin  invisible  des  diamants,
des  rubis  et  des  émeraudes  qu’ils  suspendirent  à  chaque  feuille,  à  chaque
tige,  à  chaque  brin  d’herbe.
Les  oiseaux  recommencèrent  à  chanter,  les  abeilles  à  bourdonner,  les
papillons  à  voltiger,  les  mouches  et  les  insectes  à  tourbillonner  en  faisant
étinceler  leurs  ailes  argentées  et  leur  corselet  d’acier.
Dans  la  nature  il  v  avait  comme  un  frémissement  de  vie  nouvelle  :  une
résurrection  partielle  qui  ressemblait  à  un  retour  du  printemps,  tant  la
végétation  était  verte  et  paraissait  fraîche;  les  parfums  des  fleurs  étaient
pénétrants  et  suaves,  les  mélodies  des  oiseaux  émues  et  attendries,  le  soleil
doux  et  caressant.
—  Voici  Biskra,  s’écria  tout  à  coup  M.  Quiquerez  en  poussant  un  cri  de
joie  et  en  levant  en  l’air  son  chapeau  pointu.
En  me  penchant  hors  de  la  voiture,  je  vis,  adossé  au  pied  de  collines
tapissées  de  vignes,  un  grand  château  qui  détachait  en  vigueur  sa  façade
blanche,  en  style  de  la  Renaissance,  sur  un  fond  de  verdure  sombre.  On  eût
dit  que  ses  hautes  fenêtres,  flamboyantes  de  soleil,  étaient  dévorées  par  un
incendie.
Xous  nous  engageâmes  dans  une  longue  avenue  d’arbres  dont  les  rameaux
touffus  s’entrelacaient  et  formaient  une  sorte  de  voûte.
Quelques  rayons  se  glissaient  comme  des  serpents  d’or  à  travers  les  interstices ­
  des  branches,  et  illuminaient  d  éclairs  ce  chaos  d’ombre  bleu  et  mystérieux, ­
  plein  de  formes  brouillées  et  flottantes  comme  une  forêt  à  l’heure
du  crépuscule.  Le  château,  avec  son  pavillon  central,  flanqué  de  tourelles
aux  deux  ailes,  illuminé  par  le  soleil  couchant  qui  étendait  un  tapis  jaune  à
ses  pieds,  se  dressait  au  bout  de  h  avenue  dans  un  flamboiement  d’autel,
une  vibration  de  couleur  chaude.  Il  me  semblait  que  j  arrivais  à  une  résidence ­
  princière,  comme  celle  qu’habitait  la  Belle  au  bois  dormant,  et  que  le
bruit  de  notre  voiture  la  faisait  tout  à  coup  sortir  de  son  sommeil  séculaire.
L’illusion  se  prolongea  quand  je  vis  un  grand  et  beau  vieillard  aux  longs
cheveux  bouclés,  à  la  barbe  blanche  comme  la  neige  et  tombant  presque
jusqu  à  la  ceinture,  descendre  le  vaste  escalier  de  pierre  et  venir  au-devant
de  nous,  la  tête  nue,  les  mains  cordialement  ouvertes.
            
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