DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. * ■•«>
monténégrin, dont j’ai déjà dit un mot, est le plus belliqueux et le plus
vaillant. Dès l’âge de douze ans, les enfants sont soldats, et l’on peut dire
d’eux ce que Tacite disait des fils des anciens Germains : « Jusque-là, ils
étaient à la famille ; dès ce jour, ils sont à l’État. » Le Monténégrin n’a pas
de plus grand bien que ses armes; aussi celui qui, au Monténégro, vole un
fusil, est puni de cent coups de bâton. Si le volé tue le voleur pris sur le
fait, il reçoit une récompense. « Je suis sur, a dit un Monténégrin, M. Gop-
cevic, que le jeune homme serait moins attristé de la perte de sa femme
que de celle de son arme favorite. » Si beaucoup de Monténégrins ne vont
jamais à Gattaro, qui appartient à l’Autriche, c’est parce qu’ils sont obligés
de se dépouiller de leurs armes en entrant dans cette ville.
L’un des chefs monténégrins que nous rencontrâmes à Krapina était, si
ma mémoire est fidèle, le fameux Krco Petrovich, un des plus grands
capitaines de la dernière guerre. Krco Petrovich a tué cent vingt Turcs de
sa propre main; et l’on sait que dans ce pays on a l’habitude de compter
les tètes. A la bataille de Zagerach, en 1802, Petrovich sauva le prince
Nikola en ramassant une bombe tombée aux pieds du cheval de Son
Altesse ; il la rejeta dans les rangs des Turcs, où elle éclata en tuant une
dizaine d’hommes. A l’âge de treize ans, Petrovich faisait la décollation de
son premier Turc. « Son corps est littéralement couvert de blessures, me
dit M. Quiquercz. Une balle lui a même traversé le cou. Petrovich porte
une douzaine de décorations, et quand je fis son portrait, je lui ai causé
un véritable chagrin en lui disant qu’il ne serait pas de bon goût de les
peindre toutes sur sa poitrine. »
Les Monténégrins ont une manière de faire la guerre extrêmement
simple, et qui leur est imposée par leur petit nombre. Ils n’acceptent
jamais de bataille rangée et se tiennent sans cesse sur la défensive ; cachés
derrière leurs rochers, ils font pleuvoir une grêle de balles sur l’ennemi, et
quand celui-ci est décimé, presque à bout de force et de courage, ils se
précipitent sur lui avec la vitesse et le tumulte d’une avalanche, et le tuent
et le massacrent sans pitié avec leurs terribles kandjars. Ni d’un côté ni de
1 autre on ne fait de quartier. On n épargne pas davantage les blessés.
Dans la mêlée, on se défend jusqu’à la dernière extrémité. Un Monténégrin
garde toujours le sixième coup de son revolver \ our pouvoir se tuer, si
par hasard il tombe entre les mains de l’ennemi. Quand il est blessé et
que ses compagnons n ont pas le temps de le prendre sur leurs épaules
pour fuir, il leur demande de lui couper la tête, afin de n’être pas achevé
par les Turcs.
Agiles comme des chamois, sobres comme des chameaux, les Monténe-