Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

no

de  la  ville,  un  vieux  mendiant,  à  la  vénérable  barbe  blanche,  s’approcha
de  la  voiture  pour  demander  l’aumône.
Le  monsieur  fit  arrêter  les  chevaux,  et  invita  le  vieillard  à  monter  auprès
de  lui.
—  Vous  êtes  bien  mal  vêtu,  lui  dit-il;  venez  avec  moi,  je  vous  ferai
habiller  de  neuf.
On  descendit  au  meilleur  hôtel;  et  après  avoir  dîné,  on  se  rendit  chez
un  marchand  tailleur.
—  N’oubliez  pas  de  m’appeler  votre  fils,  recommanda  encore  une  fois
le  monsieur  au  vieillard,  en  entrant  dans  le  magasin.
On  choisit  plusieurs  vêtements.  Le  «  fils  »  demandait  respectueusement
à  son  «  père  »  son  avis.  Le  moment  de  payer  étant  venu,  le  noble  étranger
fit  semblant  d’avoir  oublié  son  portefeuille  à  l’hôtel  et  remonta  en  voiture
pour  aller  le  chercher,  en  laissant  le  vieillard  comme  caution  du  ballot
d’habits  qu’il  emportait.
Mais  le  «  père  »  attendit  vainement  le  retour  de  son  «  fils  »  .  Celui-ci
avait  filé  sans  redescendre  à  l’hôtel.  On  apprit  plus  tard  que  ce  monsieur
inconnu  était  Sobry.
D’après  une  autre  version  qui  paraît  plus  vraisemblable,  Sobry  était
tout  simplement  le  fils  de  pauvres  paysans  qui  avaient  fait  de  lui  un
porcher.  Comme  il  était  aussi  beau  que  vaniteux,  il  vola  son  maître  pour
s’acheter  un  chapeau  orné  de  rubans  et  de  galons,  un  manteau  aux  riches
broderies  et  de  larges  pantalons  à  franges.  Découvert  et  condamné  à  deux
ans  de  prison,  il  s’enfuit  avec  la  femme  d’un  de  ses  gardiens,  et  retourna
auprès  de  ses  anciens  compagnons,  dans  la  forêt  de  Bakony.  Ils  le  nommèrent ­
  leur  chef,  et  Sobry  ne  tarda  pas  à  faire  parler  de  lui.
On  doit  lui  rendre  cette  justice  qu  il  n’attaqua  jamais  les  pauvres  gens.
Ln  jour,  il  rencontra  une  vieille  femme  qu’un  homme  de  sa  bande  avait
volée.  Il  fit  venir  le  coupable  et  lui  brûla  la  cervelle  en  présence  de  ses
compagnons.  Sobry  était  si  populaire  que,  lorsqu’il  y  avait  une  fête  quelque
part,  il  pouvait  s  y  présenter  à  t  improviste,  sans  crainte  d’être  arrêté  ou
dénoncé.  Les  paysannes  se  disputaient  l’honneur  de  danser  avec  le  Ira
Diavolo  hongrois.
Si  la  violence,  les  attaques  à  main  armée,  le  sang  répandu  répugnaient
à  Sobry,  qui  préférait  avoir  recours  à  l’adresse  et  à  la  ruse,  Mylfait  et  Pap.
eux,  ne  reculaient  pas  devant  le  meurtre  et  F  assassinat.
Mylfait  soupçonnait  depuis  longtemps  le  propriétaire  d  un  moulin  de
lui  être  hostile  et  de  l’avoir  dénoncé  aux  Pandours.  Une  nuit,  avec  sa
bande,  il  cerna  le  moulin,  tua  le  meunier  en  tirant  sur  lui  a  traders  une
            
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