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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
l’ivresse que leur versait le soleil. A l’horizon, un voile de brume comme
Au bout d’une heure de course dans le steppe, nous aperçûmes tout à
coup un immense champ de blé qu’attaquaient cent cinquante faucheurs.
Les épis, en tombant, faisaient un bruit de vagues expirant sur une plage
de sable, en y laissant une large frange d’écume. Des hommes et des
femmes, au nombre d’une centaine, liaient les gerbes sous la direction
des surveillants, et les entassaient, avec l’ardeur qu’on met à prendre un
butin de guerre, sur de grands chariots attelés de six bœufs aux jambes
torses et aux cornes blanches. Tous ces travailleurs à la tête bronzée, aux
moustaches belliqueuses, au profil maigre et osseux, déployaient une acti
vité, un entrain, une ardeur de bataille. Ils enlevaient ce champ comme on
enlève un campement ennemi. Tous portaient le costume magyar dans sa
pureté primitive : la chemise à manches flottantes ne descendant, comme
un mantelet de femme, que jusqu’au bas de la poitrine, et se soulevant au
retenus à la taille par un mouchoir ou une courroie, et le chapeau de
feutre, ou le bonnet noir en peau de mouton.
En revenant à la puszta de M. L..., nous passâmes devant une grange :
il y avait là dix-sept déchargeurs de gerbes. Chacun d’eux décharge 2,000
gerbes dans la journée. La puszta qu’administre M. L... produit en moyenne
10,000 hectolitres de blé, 1,000 hectolitres de pommes de terre, 1,000 hec
tolitres de mais et 2,000 hectolitres de colza, qui sert à fabriquer de l’huile.
Soixante-dix bœufs sont nécessaires seulement pour les transports.
A onze heures, nous partîmes pour Nagy-Atad, rejoignant bientôt sur la
route, large de dix à douze mètres, les retardataires qui se rendaient à la
foire. Il y avait là des véhicules de toute espèce, depuis la carriole d’osier
qu’on rencontre partout en Hongrie, jusqu’à la charrette recouverte de son
toit de natte ou de paille, sorte de maison roulante déjà usitée chez les
Scythes, il y a deux mille ans. Les petites voitures des marchands ambu-
un rideau de brocart flottait.
Paysans allant à la foire.
vent en laissant voir un dos liâlé par le soleil ; les larges pantalons de toile