Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.  209
douleurs,  vouée  au  dur  travail,  à  la  soumission  sans  réplique,  à  1  effacement ­
  le  plus  humble.  D’après  un  vieux  dicton  magyar,  «  c’est  le  chignon
qui  commande 1  »  ,  et  le  paysan,  je  m’en  suis  plus  d’une  fois  rendu  compte
moi-même,  est  d’une  extrême  douceur,  d’une  grande  bonté  envers  sa
femme  ;  il  lui  épargne  les  durs  labeurs,  il  la  traite  d’égal  à  égal;  elle  est  sa
compagne,  et  non  sa  domestique  et  sa  servante,  et  elle  conserve  dans  le
mariage  la  gaieté  de  sa  vie  de  jeune  fille  et  son  enjouement  heureux.  Ge
n’est  que  dans  les  villes,  au  contact  de  la  civilisation  allemande,  et  parmi
les  gens  de  la  basse  classe,  que  les  querelles  de  ménage  dégénèrent  en  actes
de  brutalité.  Il  n’est  pas  rare  d’entendre  le  paysan  donner  à  sa  femme  les
doux  noms  de  roszam,  ma  rose;  csillagom,  mon  étoile  ;  gyôngyôm,  ma  perle.
Ordinairement  il  l’appelle  asszony,  femme.  Celle-ci,  en  parlant  a  son  mari,
ne  le  tutoie  jamais,  et  lui  dit  «  monsieur  »  ou  «  maître  »  ,  uram.  La  réciprocité ­
  des  égards,  la  politesse  est  même  poussée  si  loin  chez  ce  peuple  que
des  hommes  qui  se  voient  pour  la  première  fois  se  disent  entre  eux,  en
causant  :  «  Mon  frère  aîné  »  (batzam),  ou  «  mon  frère  cadet  »  (ocsem).
Sont-ils  du  même  age,  ils  se  donnent  le  titre  de  «  Votre  Grâce  »  .  Que  de
fois  j’ai  appliqué  mentalement  aux  Hongrois  ce  que  Heine  disait  en  parlant
des  manières  polies  et  distinguées  Vies  Parisiens  :  «  O  parfum  de  politesse,
parfum  d’ananas,  combien  tu  rafraîchis  ma  pauvre  âme  malade,  qui  avait
avalé  en  Allemagne  tant  de  vapeurs  tabagiques,  tant  d’odeurs  de  choucroute ­
  et  de  grossièreté  !  »
Les  deux  paysans,  qui  n  avaient  jamais  vu  une  ville,  m’interrogèrent  â
leur  tour  et  me  demandèrent  ce  que  les  hommes  font  à  Paris.
—  Ah!  beaucoup  de  choses,  leur  dis-je;  dans  les  environs  de  Paris,  il  y
a  des  paysans  comme  vous,  qui  cultivent  de  grands  jardins,  qui  plantent
des  champs  de  fraises  et  des  champs  de  violettes,  et  qui  sont  si  actifs  et  si
ingénieux,  qu’ils  ont  des  asperges  et  des  fleurs  toute  l’année,  des  légumes
verts  toute  l’année,  et  qui  gagnent  en  un  mois  ce  que  les  paysans  des
autres  pays  ne  gagnent  pas  en  une  année.
—  Et  dans  la  grande  ville,  que  fait-on?
—  On  fait  de  tout,  même  des  rossignols  artificiels  qui  chantent
dans  des  cages  dorées.  La  société  parisienne  est  fondée  sur  l’échange
des  services  mutuels  et  l’exploitation  des  besoins,  ce  qui  l’autorise  a
flatter  toutes  les  passions  et  à  leur  offrir  sans  cesse  des  aliments  nouveaux. ­


A  Konty  parancsab.
            
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