Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

14

LA  IlOSGUIE

chassieuses,  ligamentées  de  bandes  de  papier,  sont  tendues  de  rideaux  de
toile  d  araignée  et  pavoisées  de  guenilles  suintantes,  chemises,  bas,  jupons
et  culottes  qui  sèchent  à  l’air.  Les  portes  sont  larges  comme  des  bouches
ouvertes  jusqu’aux  oreilles,  dans  un  éclat  de  rire,  ou  toutes  petites,  fermées ­
  comme  des  lèvres  qui  retiennent  un  secret  ou  cachent  un  mystère.
Au  bout  de  l’étranglement  d’une  de  ces  rues  infâmes,  dans  la  plaque  de
lumière  d'une  petite  place,  une  osteria  aligne  ses  tables  peintes  en  vert
sous  un  bout  de  treille,  où  des  hommes  boivent  dans  des  pots  de  grès
un  vin  lourd  et  épais  qui  les  endort.  Un  peu  plus  haut,  près  d’une  caserne
établie  dans  une  ancienne  tour,  et  devant  laquelle  sont  groupés,  fumant
tranquillement  leur  pipe,  des  soldats  hongrois  en  bonnet  de  police  écarlate, ­
  en  pantalons  rouges  collant  aux  jambes  et  serrés  dans  la  haute
bottine  lacée,  des  servantes  emplissent  leurs  seaux  de  cuivre  à  un  vieux
puits  dont  la  chaîne  Fouillée  grince  comme  dans  un  ricanement.
C’est  à  l’entrée  de  ces  vieux  quartiers  empreints  d’une  odeur  de  moyen
âge,  et  où  les  maisons  trébuchant  de  vieillesse  sont  pour  ainsi  dire  obligées
de  s’épauler  les  unes  les  autres,  que  s’élèvent  un  arc  de  triomphe  romain
encastré  dans  les  murs  des  maisons  voisines,  et  les  deux  églises  de  f  Assomption ­
  et  de  Saint-Vit  :  le  portique  de  la  première  rappelle  celui  de  la
basilique  de  Saint-Pierre  à  Rome;  la  seconde  est  bâtie  sur  le  plan  de  1  église
Sainte-Marie  du  Salut  à  Venise.
On  voit  dans  l’église  Saint-Vit  un  énorme  crucifix  en  grande  vénération
parmi  le  peuple  human.  La  légende  raconte  qu’il  se  trouvait  autrefois
devant  une  chapelle  des  environs.  Un  jour,  des  matelots  s’assirent  sur  le
sable,  à  ses  pieds,  et  jouèrent  aux  dés.  L’un  des  joueurs,  se  tournant  tout
à  coup  vers  le  Christ  en  croix,  lui  dit  en  prenant  une  pierre  :  «  Si  tu
ne  me  fais  pas  gagner,  je  t’assomme!  »  Il  perdit,  se  leva  et  jeta  la  pierre
qu’il  tenait  contre  le  Christ.  Mais,  ô  miracle!  la  pierre  s’enfonça  comme
dans  un  corps  de  chair  et  fit  couler  le  sang  de  l’image  de  bois.  Le  matelot
effrayé  s’enfuit  et  se  précipita  dans  la  mer.
Les  rues  de  l’ancienne  ville  débouchent  dans  la  vallée  de  Fiumara
dont  la  rivière  canalisée  était  autrefois  le  port  de  Fiume.  Encore  maintenant ­
  ce  port  offre  un  abri  si  sûr,  qu’il  est  encombré  de  barques  et  de
bâtiments  d’un  tirant  d’eau  peu  considérable,  venant  des  villes  du  littoral
ou  des  îles  de  l’archipel,  avec  des  chargements  de  vin,  de  douves  de  tonneaux, ­
  de  menains.  C  est  un  enchevêtrement  de  cordages  tendus  comme
des  filigranes,  une  foret  mouvante  de  mâts,  un  bariolage  criard  de  carènes
ornées  d’images  saintes  et  portant  à  leur  proue  deux  grands  yeux  peints
en  rouge  ou  en  bleu.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.