Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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la  permission  de  lui  chanter  sa  chanson.  Il  nous  dit  un  de  ces  chants
farouches  comme  on  en  entend  dans  la  puszta.  Il  est  certain  que  Faure
chante  mieux,  mais  je  ne  crois  pas  qu’il  chante  avec  plus  d’entrain  et  plus
de  feu.
«  Fekete  vint  ensuite  à  moi  et  me  pria  de  chanter  mon  morceau.  J  etais
très-ennuyé,  très-perplexe.  Moi,  chanter  dans  ce  repaire  de  brigands!  Moi
qni  n’ai  jamais  pu  apprendre  un  autre  air  que  :  «  Adieu,  paisible  demeure!  »
«  —  Mais  je  ne  sais  pas  chanter,  pas  du  tout!  fis-je.  J’ai  la  voix  aussi
fausse  qu’un  paon.
«  La  comtesse  me  pria  alors  en  français  de  chanter  quelque  chose  ;  ma
résistance,  disait-elle,  pourrait  me  coCiter  cher.
«  Que  faire?  je  vous  le  demande.  Le  cœur  et  la  gorge  serrés,  je  commençai ­
  ma  chanson,  la  seule  que  je  sache  :  «  Adieu,  paisible  demeure!  »
Cela  alla  assez  bien  jusqu’au  troisième  couplet;  mais  tout  à  coup,  je  ne  sais
comment,  je  fis  un  couac  lamentable.  La  comtesse  ne  put  tenir  son  sérieux
et  éclata  de  rire.  Les  brigands  en  firent  autant,  et  pour  ne  pas  avoir  l’air
trop  bête,  je  fis  comme  tont  le  monde,  quoique  je  n’eusse  aucune  envie
de  rire.
«  Les  bétyars  recommencèrent  à  danser.  La  comtesse,  infatigable,  dansa
jusqu’au  matin.  Quand  les  fenêtres  se  colorèrent  des  premières  rougeurs
de  l’aube,  elle  s’arrêta  et  dit  à  son  danseur  qu’il  était  grand  temps  de  faire
atteler.
«  Le  moment  critique  est  venu,  pensai-je  ;  que  Dieu  ait  pitié  de  nous  !
«  Le  brigand  sortit,  éveilla  le  cocher  qui  dormait,  lui  ordonna  d  atteler,
et  vint  nous  prévenir  lorsque  la  voiture  fut  prête.
«  Ils  ont  évidemment  l’intention,  me  dis-je  à  part  moi,  de  nous  égorger
en  chemin.
«  Je  montai  en  voiture,  glacé  de  peur;  mes  appréhensions  et  mes  craintes
me  semblaient  d’autant  plus  justifiées,  qu’on  nous  laissait  partir  sans  nous
rien  demander,  pas  même  notre  bourse.
«  Fekete  nous  accompagna  à  cheval  jusqu’à  la  grande  route,  puis,  nous
ayant  mis  dans  le  bon  chemin,  il  nous  salua  en  nous  souhaitant  un  heureux
voyage.  Ce  ne  fut  qu  à  Zevied  que  je  commençai  à  respirer  un  peu  librement. ­
  Je  fis  de  vifs  reproches  à  la  comtesse;  je  lui  montrai  l  imprudence
qu  elle  avait  eue  de  s’exposer  ainsi  sans  nécessité  au  danger,  et  je  l’avertis
du  scandale  qui  résulterait  de  cette  aventure,  si  l’on  savait  qu’elle  avait
dansé  jusqu’au  jour  avec  des  bétyars.
“  m  écouta  tranquillement;  quand  j’eus  fini,  elle  me  demanda  :
“  ^  propos,  n’avez-vous  pas  sommeil  ?
            
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