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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
Nous débouchâmes enfin dans une vaste vallée creusée en amphithéâtre :
au centre, sur la pointe du monticule, les murs gris du couvent de Saint-
Martin se détachaient. La silhouette de l’église se dessinait en lignes con
fiases et vagues sur un horizon verdâtre, qu’un crépuscule mourant léchait
de lueurs violettes et striait de minces bandes jaunes.
Malgré la roideur de la montée, nous arrivâmes encore assez tôt au mo
nastère pour trouver toutes les portes ouvertes. Les cuisines flambaient; à
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Salle à manger de l’abbaye de Saint-Martin.
travers les fenêtres, dans la clarté vive des foyers, des femmes en manches
de chemise, dans l’ardeur du coup de feu, allaient et venaient, se détachant
comme des ombres chinoises, portant des plats fumants, secouant des casse
roles, soulevant des couvercles, maniant des lèchefrites, arrosant, avec de
longues cuillers, les \olailles embrochées à la file, en chapelets gour
mands.
On me fit souper dans un grand salon doré, orné de cartouches, de tru
meaux, de volutes, de médaillons, égayé par les roses couleurs des fresques
et illuminé de centaines de bougies dont les reflets frissonnaient sur les can
délabres d’argent, sur les verres, les flacons remplis de vin, sur la lourde
argenterie massive. Des moines, des novices, des étrangers, mangeaient,
assis à des tables séparées, comme dans le restaurant d’un hôtel grandiose.