DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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cage assez élevée, où il est à l’abri des coups de vent qui pourraient 1 en
lever ; au milieu du pont se dressent deux cabines que des pots de fleurs
entourent d’un petit parterre : l’une de ces cabines est la chambre, l’autre
la cuisine. Sur l’une de ces barques, dans le pétrin servant à faire le pain,
deux, fillettes baignaient et lavaient en riant leur petit frère qui pleurait.
Notre vapeur avait repris sa marche; nous glissions sans bruit et sans
secousse, avec une vitesse d’oiseau, comme si nous avions été emportés
par des ailes. A droite et à gauche, les rives, vastes plaines qui furent les
champs de bataille des éléments avant de servir de champs de bataille à
l’humanité, fuyaient dans des perspectives infinies. Aux origines les plus
reculées de 1 histoire, le Danube formait ici un lac immense, communi
quant avec d’autres lacs par des cataractes dont celle du Rhin à Schaffouse
peut donner une idée. Quand les premiers explorateurs du Danube, les
Grecs, plus aventureux et plus avides que les Phéniciens, qui n’avaient pas
osé remonter le fleuve, pénétrèrent jusqu’aux Portes-de-Fer, ils durent
rencontrer un autre de ces grands lacs en amont de la G lado va, où se
trouve encore aujourd’hui la dernière cataracte C’est au septième siècle
avant notre ère que les Grecs bâtirent sur les bords du fleuve une ville
qu’ils appelèrent Istros, d’où est venu le nom d’Ister donné à la contrée.
Pour eux, le Danube — l’Ister — finissait là; ils en plaçaient la source
derrière ces rochers gigantesques et tourmentés, dans des cavernes mysté
rieuses que leurs croyances peuplaient d’esprits et dont ils s’effrayaient.
Mais Rome fut plus hardie qu’Athènes. Les Romains établis sur le lac de
Constance, en remontant le Rhin , découvrirent la source du Danube.
Alors, lentement, 1 invasion romaine descendit. Partout s’élevèrent des
châteaux forts et des camps retranchés reliés à des stations navales qui
s’appelaient Vindobona, aujourd’hui Vienne; Carnuntum, aujourd’hui
Petronell; Sicambria, aujourd’hui Rude ; Nicopolis, qui est Nicopoli, et
Decasterum, qui est Silistrie.
Carnuntum, dont on voit encore les ruines avant d’arriver à Presbourg,
était devenu le point central de la puissance militaire et commerciale des
Romains. Aille de luxe, d industrie et de guerre, résidence habituelle des
empereurs, siège du municipe et de la quatorzième légion, elle avait ses
palais, ses thermes, scs temples, son amphithéâtre. Tibère y construisit un
pont et y érigea un arc de triomphe; Marc-Aurèle, l’empereur stoïcien dont
la douceur apprivoisait les Barbares, et qui disait, non sans ironie : « Une
1 Le Danube, par M. Box roux. C’est l’étude la plus complète et la plus intéressante qui ait
paru sur ce sujet, touchant à la fois à l’histoire, au commerce et à la politique.