Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L'ADRIATIQUE AU DAIS U ItE. 
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archéologue bien connu en France; M. Guillaume Fraknoi, secrétaire 
perpétuel de 1 Académie des sciences, et M. Sigismond Bubics, ancien 
conservateur des estampes. 
Avant d être une ville de prêtres, aux rues noires pleines de tournants 
et d’encoignures, aux recoins sombres de chapelle gothique; avant d’avoir 
cet air de vétusté et de tristesse, Grau était une belle et joyeuse ville peu 
plée de gentilshommes, de tiers guerriers, de femmes d’une renommée 
universelle, et de marchands et de négociants que des privilèges successifs 
avaient presque mis de pair avec la noblesse. 
Grau était alors plus fort que Bude, plus riche que Wardein, plus consi 
dérable que Presbourg. Cité de défense et de commerce, c’était aussi la 
capitale du luxe et des plaisirs. Ce qu’avait été Avignon au temps des 
papes, Gran le fut au temps des croisades, quand son vaste port était 
encombré de galères pavoisées et d embarcations de tout genre, sur les 
quelles flottaient les pavillons de toute la chrétienté. La plupart des vais 
seaux marchands passaient l’hiver dans cet entrepôt central du commerce 
entre l’Orient et l’Occident. Le long du Danube s’étendaient de vastes 
magasins où s’entassaient les armes, les soieries, les draps, les fourrures, 
les épices. Oh! les belles fêtes! les gaies journées ! Lu haut, sur le sommet 
de la montagne, là où se voit maintenant la cathédrale, s’élevait le château 
fort avec ses bastions et ses tourelles, son beffroi, ses portes, ses ponts-levis, 
et son enceinte qui renfermait l’église Saint-Etienne et le quartier de la 
noblesse, logée dans ses maisons massives, ouvragées de balcons de fer, 
ornées de frontons et de chapiteaux, gardées comme de vrais palais par 
des belduques, et où la voix des poètes animait les festins. Car ils étaient 
alors à la mode à Gran, les poètes, et ceux qui n avaient pas été encagés, 
comme des rossignols, par de nobles seigneurs, jouaient du violon et chau 
laient au coin des rues leurs ballades et leurs chansons. Souvent leur poésie 
fustigeait sans pitié les extravagances de la mode, les exactions des 
grands, 1 avarice des prélats. 
Le poète ne manquait jamais de sujet : chaque passant fournissait un 
nou\ eau thème à sa verve ; il raillait le paysan lourdaud et badaud qui 
s arrêtait bouche béante, le bourgeois orgueilleux au ventre solennel, la 
bossue querelleuse, le juif aux doigts crochus. Parfois, lorsque le poète 
devenait trop hardi, on lui cassait son violon sur le dos. 
Enfin, ou s émut de I influence populaire des troubadours, et il fut dé 
fendu a tous ceux qu’une infirmité ne rendait pas impropres au travail de 
chanter en public.
	        
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