LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Le lendemain soir, un domestique allemand arriva hors d baleine au
château de Bude; il revenait du champ de bataille de Molmcs et apportait
la fatale nouvelle de la défaite de l’armée hongroise et de la mort du roi.
La reine Marie fit immédiatement appeler son trésorier Alexis Tliurzo
et eut avec lui un long entretien. Et quand la nuit fut venue, après que le
couvre-feu eut sonné, tous les domestiques allemands du château se diri
gèrent en hâte vers le Danube avec des caisses dont ils chargèrent plusieurs
embarcations.
— Qu’y a-t-il? que se passe-t-il? où allez-vous? leur demandaient les
Hongrois que le bruit avait attirés aux fenêtres ou sur le seuil des portes.
Les Allemands ne répondaient pas.
Vers minuit, la reine sortit à cheval par la porte de Logod, escortée de
cinquante hommes. Ses dames de compagnie portaient des flambeaux, et
ses trois cents domestiques allemands la suivaient, chargés de meubles et de
paquets.
A Logod, la reine alla rejoindre la route de Vienne, et elle s’enfuit dans
cette ville.
Six jours après, le G septembre 1526, les Turcs campaient à Tolna, et le
11 septembre, ils étaient devant Bude. On s’était hâté de dépouiller les
églises de leurs ornements et de les envoyer à Presbourg avec les vases
sacrés, les lampes, les ostensoirs, les reliquaires, les chandeliers. Tout le
monde avait fui. Il ne restait dans la ville que les aveugles, les estropiés
et les malades. On n avait pas attendu 1 arrivée de Soliman pour lui
remettre les clefs de la capitale ; on les lui avait envoyées à Foldvar, à une
journée de Bude.
Le 12 septembre, le sultan, accompagné de son grand vizir, parcourut
la ville avant de la livrer aux flammes.
L incendie dura trois jours et trois nuits, après quoi tout ce qui restait
fut mis au pillage. Le château avait été miraculeusement sauvé. Il s’éle
vait solitaire, avec ses murs noircis, ses glacis écornés, dans sa lugubre
grandeur, au-dessus de la ville en ruine. Soliman s’empara des objets d’art
qui s y trouvaient, ainsi que des manuscrits les plus précieux de la fameuse
bibliothèque de Mathias Corvin 1 , qu il envoya à Constantinople; il fit
egalement transporter sur des bateaux jusqu’à Belgrade les statues de
bronze qui décoraient les avenues du jardin royal, et les grandes boules
dorées qui surmontaient le château.
Après deux jours de fêtes données sur les ruines de Bude, le sultan leva
*■ 1 Ces
manuscrits ont été restitués depuis.