Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

384

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

de  bronze,  ces  coupes  ciselées  comme  pour  un  festin  de  déesses  et  de
dieux  :  ne  dirait-on  pas  que  tout  cela  sort  des  ateliers  de  Benvenuto
Cellini  inconnus?  Il  y  a  des  hanaps,  des  vidrecomes  de  la  contenance  d’un
litre.  L’histoire  nous  apprend  qu’on  ne  buvait  que  vingt-quatre  de  ces
hanaps  par  jour,  à  la  cour  d’un  certain  prince  de  Transylvanie  dont  le
règne  fut  des  plus  chancelants.
Enfin,  dans  la  dernière  salle  de  la  collection,  on  conserve  divers  souvenirs ­
  plus  modernes  :  la  harpe  que  Marie-Antoinette  donna,  avant  de  quitter
Vienne,  à  la  princesse  Esterhazy,  avec  qui  elle  avait  été  élevée;  les  drapeaux ­
  de  la  révolution  hongroise;  la  couronne  en  or  offerte  à  Liszt  à  l  occasion
  de  la  fête  de  son  jubilé;  le  lit,  la  table,  les  chaises,  qui  meublaient
la  petite  chambre  de  Deak.
Le  Musée  national  est  placé  sous  la  direction  d’un  homme  aussi  aimable
que  savant,  M.  Franz  Pulszky,  qui  joua  un  rôle  éminent  dans  la  révolution ­
  de  1848.  Après  la  journée  de  Vilagos,  on  lui  confisqua  tousses
biens,  et  il  dut  vivre  de  sa  plume,  à  Londres.  Sa  femme,  qui  l’avait  rejoint
en  exil,  publia  à  cette  époque  un  livre  resté  célèbre  :  les  Mémoires  d'une
dame  hongroise.
M.  Pulszky  accompagna  Kossuth  dans  son  voyage  en  Amérique,  et  rentra ­
  enfin  dans  sa  patrie  en  1867.  Son  salon  est  le  plus  littéraire  et  le  plus
hospitalier  des  salons  de  Pest.  Chaque  samedi  s’y  réunissent  les  sommités
politiques,  les  grandes  personnalités  religieuses,  scientifiques  et  artistiques
de  la  capitale.
Quoique  protestant,  M.  Pulszky  reçoit  chez  lui  des  archevêques  et  des
évêques,  des  chanoines  et  des  abbés.  Dans  son  salon  v  Franz  Liszt  prend
place  à  côté  de  l’archevêque  de  Kalosca,  le  cardinal  Haynald;  le  romancier ­
  Jokaï  cause  avec  l’illustre  explorateur  Vambéry  ;  l’évêque  de  Neusohl
parle  histoire  naturelle  avec  M.  Berecz,  directeur  du  jardin  zoologique;
des  magnats  discutent  avec  des  journalistes;  des  banquiers  frayent  avec
des  poètes  :  c’est  le  rêve  réalisé  de  l’égalité  et  de  la  fraternité  universelles ­
  !
La  Chambre  des  députés  et  la  Chambre  des  seigneurs  sont  dans  le  voisinage ­
  du  Musée  national  ;  un  portier  costumé  en  tambour-major  :  justaucorps ­
  en  drap  écarlate  galonné  d’or,  bottes,  bonnet  d’astrakan  surmonte
d’une  aigrette,  tenant  une  grande  canne  à  boule  d’argent,  se  promène
devant  la  porte.
Des  affiches  placardées  au  coin  des  rues  annoncent  chaque  jour  l’heure
de  la  séance  de  la  Chambre  ;  mais  le  spectacle  a  beaucoup  perdu  aujourd’hui ­
  de  son  charme  et  de  son  originalité.  Le  coup  d’œil  que  présentaient
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.