Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
de bronze, ces coupes ciselées comme pour un festin de déesses et de 
dieux : ne dirait-on pas que tout cela sort des ateliers de Benvenuto 
Cellini inconnus? Il y a des hanaps, des vidrecomes de la contenance d’un 
litre. L’histoire nous apprend qu’on ne buvait que vingt-quatre de ces 
hanaps par jour, à la cour d’un certain prince de Transylvanie dont le 
règne fut des plus chancelants. 
Enfin, dans la dernière salle de la collection, on conserve divers souve 
nirs plus modernes : la harpe que Marie-Antoinette donna, avant de quitter 
Vienne, à la princesse Esterhazy, avec qui elle avait été élevée; les dra 
peaux de la révolution hongroise; la couronne en or offerte à Liszt à l oc- 
casion de la fête de son jubilé; le lit, la table, les chaises, qui meublaient 
la petite chambre de Deak. 
Le Musée national est placé sous la direction d’un homme aussi aimable 
que savant, M. Franz Pulszky, qui joua un rôle éminent dans la révo 
lution de 1848. Après la journée de Vilagos, on lui confisqua tousses 
biens, et il dut vivre de sa plume, à Londres. Sa femme, qui l’avait rejoint 
en exil, publia à cette époque un livre resté célèbre : les Mémoires d'une 
dame hongroise. 
M. Pulszky accompagna Kossuth dans son voyage en Amérique, et ren 
tra enfin dans sa patrie en 1867. Son salon est le plus littéraire et le plus 
hospitalier des salons de Pest. Chaque samedi s’y réunissent les sommités 
politiques, les grandes personnalités religieuses, scientifiques et artistiques 
de la capitale. 
Quoique protestant, M. Pulszky reçoit chez lui des archevêques et des 
évêques, des chanoines et des abbés. Dans son salon v Franz Liszt prend 
place à côté de l’archevêque de Kalosca, le cardinal Haynald; le roman 
cier Jokaï cause avec l’illustre explorateur Vambéry ; l’évêque de Neusohl 
parle histoire naturelle avec M. Berecz, directeur du jardin zoologique; 
des magnats discutent avec des journalistes; des banquiers frayent avec 
des poètes : c’est le rêve réalisé de l’égalité et de la fraternité univer 
selles ! 
La Chambre des députés et la Chambre des seigneurs sont dans le voi 
sinage du Musée national ; un portier costumé en tambour-major : justau 
corps en drap écarlate galonné d’or, bottes, bonnet d’astrakan surmonte 
d’une aigrette, tenant une grande canne à boule d’argent, se promène 
devant la porte. 
Des affiches placardées au coin des rues annoncent chaque jour l’heure 
de la séance de la Chambre ; mais le spectacle a beaucoup perdu aujour 
d’hui de son charme et de son originalité. Le coup d’œil que présentaient
	        
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