LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANURE.
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S lle ï il y en a quatorze aujourd’hui. La progression si rapide dans le dé
veloppement et l'accroissement de cette ville date du jour où l’empereur
François-Joseph est venu s’y faire couronner roi de Hongrie. Jadis, Pest
était une ville délaissée, abandonnée; maintenant, c’est une véritable ca
pitale, une résidence royale, qui sous plus d’un rapport éclipse Vienne.
Si celle-ci est la ville de l’empereur, celle-là est la ville de la reine.
La première a quelque chose d’imposant et d’austère avec sa cathédrale,
sa cdé noire, ses vastes boulevards à demi déserts ; la seconde est jeune,
fraîche, sémillante, vivante, avec ses édifices tout modernes, ses rues
pleines de mouvement, et P immense miroir que le Danube offre à sa
coquetterie et à sa grâce.
Les étalages des magasins sont arrangés ici avec bien plus de goût et bien
pias d art qu’à Vienne et dans les villes allemandes, où tout s’entasse lour-
'ruent derrière les vitrines, sans éveiller la tentation en émoustillant l’esprit
( l les yeux. Ce n’est pas à Pest qu’on rencontre au centre de la principale
Llc 11,1 magasin de cercueils ! Les boutiques de chaussures sont des féeries.
^ ! fr* jobs pieds qu’il faut avoir pour chausser ces pantoufles doublées de
Slltln rose et bordées de peau de cygne! Avec ces bottines à hauts talons,
La\aillées comme des objets d art, qu’on fait vite du chemin!
Les magasins de tabac étalent à leurs vitrines tout un musée : disposés
co éventail, il y a J es têtes de belduques aux moustaches farouches, sculp-
t C' <S d ans l’écume de mer avec un rendu inouï, des têtes de nègres et de
j ' fianes coiffés d’un feutre défoncé, des bustes de sirènes, des amazones
Jlî t le haut chapeau est destiné à recevoir la cigarette ou le cigare, des
ponts enroulés, des colombes qui se becquètent : tous les produits d’un art
Presque ignoré chez nous.
aus *a rue des Seigneurs, les étalages des joailliers jettent à peu près
ot d éclat qu a Paris les boutiques des marchands de diamants sous les
arcades du Palais-Royal.
tl11 dernier, un pauvre juif vêtu d’habits sordides, les souliers cou-
L de la poussière d’un long voyage, entra chez un de ces joailliers.
Gant de la poche de son gilet un petit papier soigneusement plié, il en
t ruie perle qu il présenta au bijoutier, en lui demandant ce qu elle valait.
^ une perle noire authentique, répondit celui-ci ; elle vaut beau-
1 J argent. D où F avez-vous?
n me I a donnée eu gage. Voyons, selon vous, qu’est-ce que ça vaut?
Je vous 1 ai dit, beaucoup, beaucoup d’argent. Il n’y a qu un seul
I Liei qui puisse vous 1 acheter, c’est Biedermann, de Vienne.