Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANURE. 
391 
S lle ï il y en a quatorze aujourd’hui. La progression si rapide dans le dé 
veloppement et l'accroissement de cette ville date du jour où l’empereur 
François-Joseph est venu s’y faire couronner roi de Hongrie. Jadis, Pest 
était une ville délaissée, abandonnée; maintenant, c’est une véritable ca 
pitale, une résidence royale, qui sous plus d’un rapport éclipse Vienne. 
Si celle-ci est la ville de l’empereur, celle-là est la ville de la reine. 
La première a quelque chose d’imposant et d’austère avec sa cathédrale, 
sa cdé noire, ses vastes boulevards à demi déserts ; la seconde est jeune, 
fraîche, sémillante, vivante, avec ses édifices tout modernes, ses rues 
pleines de mouvement, et P immense miroir que le Danube offre à sa 
coquetterie et à sa grâce. 
Les étalages des magasins sont arrangés ici avec bien plus de goût et bien 
pias d art qu’à Vienne et dans les villes allemandes, où tout s’entasse lour- 
'ruent derrière les vitrines, sans éveiller la tentation en émoustillant l’esprit 
( l les yeux. Ce n’est pas à Pest qu’on rencontre au centre de la principale 
Llc 11,1 magasin de cercueils ! Les boutiques de chaussures sont des féeries. 
^ ! fr* jobs pieds qu’il faut avoir pour chausser ces pantoufles doublées de 
Slltln rose et bordées de peau de cygne! Avec ces bottines à hauts talons, 
La\aillées comme des objets d art, qu’on fait vite du chemin! 
Les magasins de tabac étalent à leurs vitrines tout un musée : disposés 
co éventail, il y a J es têtes de belduques aux moustaches farouches, sculp- 
t C' <S d ans l’écume de mer avec un rendu inouï, des têtes de nègres et de 
j ' fianes coiffés d’un feutre défoncé, des bustes de sirènes, des amazones 
Jlî t le haut chapeau est destiné à recevoir la cigarette ou le cigare, des 
ponts enroulés, des colombes qui se becquètent : tous les produits d’un art 
Presque ignoré chez nous. 
aus *a rue des Seigneurs, les étalages des joailliers jettent à peu près 
ot d éclat qu a Paris les boutiques des marchands de diamants sous les 
arcades du Palais-Royal. 
tl11 dernier, un pauvre juif vêtu d’habits sordides, les souliers cou- 
L de la poussière d’un long voyage, entra chez un de ces joailliers. 
Gant de la poche de son gilet un petit papier soigneusement plié, il en 
t ruie perle qu il présenta au bijoutier, en lui demandant ce qu elle valait. 
^ une perle noire authentique, répondit celui-ci ; elle vaut beau- 
1 J argent. D où F avez-vous? 
n me I a donnée eu gage. Voyons, selon vous, qu’est-ce que ça vaut? 
Je vous 1 ai dit, beaucoup, beaucoup d’argent. Il n’y a qu un seul 
I Liei qui puisse vous 1 acheter, c’est Biedermann, de Vienne.
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.