CHAPITRE XXVIII
La vie à Pest. — Cafés, clubs et journaux. — Les hôtels. — Les théâtres. — Sympathies pour
la France. — Pest la nuit. — Un café chantant. — Dans une cave. — Le « palais des chiffon
niers » . — Le quartier du crime. — Types de scélérats. — Le marché aux guenilles. — Une
réunion électorale. — Un bal sous terre.
Ce qui vous frappe dans les rues de Pest,
c’est la quantité d’enseignes portant des
noms allemands magyarisés. Il y a quinze
ans, sur les douze millions d’habitants que
comptait la Hongrie, dix mille avaient déjà
passé à la nationalité magyare, tellement est
absorbant ce peuple passionné, remuant, en
thousiaste, qui a su conserver, au milieu de
P énervement universel, ses ardeurs de jeu
nesse et les marques puissantes de sa virilité.
Des bouquetières, jeunes et pimpantes,
émailient les trottoirs, avec leur petit panier fleuri, et mettent autour de
vous des parfums et des réminiscences d’Italie.
Et les fiacres, les voitures, les équipages, les omnibus, les tramways se
croisent dans une lutte de vitesse ardente qui montre la fougue et l’élan
de ce peuple.
Les fiacres de Pest méritent une mention spéciale : ils sont ornés de
rideaux de chambre à coucher avec de petites embrasses de couleur; on
y trouve un cendrier, des allumettes et une petite glace.
Les lieux de réunion et de distraction ne manquent pas à Budapest,
où l’on ne semble travailler que pour se reposer du plaisir.
Les employés de l’État vont à leurs bureaux à dix heures et en sortent à
trois heures; les bains s’ouvrent à neuf heures et se ferment à la nuit; et
les bains, les promenades, les cafés, les casinos sont remplis toute la
journée d heureux mortels qui fument et qui rêvent.
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Un gardien du marché
aux guenilles.