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LA HONGRIE
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â terre, il se dirigea vers la boutique de l’épicier, devant laquelle se trouvait
1 estrade; mais à la vue du tapis neuf qui recouvrait les caisses, — eut-il
peur d’être obligé de le payer? — il se contenta de se hisser sur une
chaise.
M. Kerkapolyi possède une de ces physionomies énergiques qu’on n’ou
blie pas. L’œil est vif, brillant comme la braise; la bouche, mince,
froide, ironique. C’était un maître d’école; il est devenu ministre des
finances.
On forma cercle autour de lui, les femmes au premier rang, quelques-
unes portant leurs enfants sur leurs bras. Toutes avaient une fleur à la
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L’épicier du village.
main. G est le complément de la toilette du dimanche dans les villages
hongrois. Voyez les paysannes qui se font photographier : elles tiennent
toutes une fleur et un mouchoir brodé à la main. Il y en avait parmi elles
de jeunes et charmantes qui se pressaient avec un joli mouvement d’oiseau,
la tête en avant, la prunelle attentive et éveillée ; derrière elles se grou
paient quelques dames venues de Füred, en grande toilette : robe de soie,
( Jude de dentelles, chapeau à plumes.
Les fenêtres des maisons étaient garnies de curieux, et sur les marches
de 1 église \oisine détachant ses murs en pâleur sur le bleu mat du ciel, se
dressait un amoncellement de femmes debout ou assises, le front ombragé
d un foulaid de couleur v ive, les manches bouffantes, la robe rouge éclatant
sur le fond clair de la façade, toutes ces figures, tournées vers l’orateur et
qui le suivaient avec un intérêt passionné, avaient une intensité de relief
etonnante, lêtes maigres pour la plupart : rondes chez les femmes ; allon
gées, osseuses, bien modelées chez les hommes, avec de longs cheveux
retombant sur les épaules, des moustaches menaçantes, une mâchoire à
b rover des balles.