Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

—  Les  Bosniaques  ont  donné  eux-mêmes  à  leur  pays  le  surnom  de
«  Bosnie  dorée  »  .  L’or,  l’argent,  le  mercure,  le  sel  y  étaient  déjà  exploités
du  temps  des  Romains.  On  y  trouve  une  quantité  de  mines  de  cuivre,  de
fer,  de  plomb,  de  houille,  qui  pourraient,  ainsi  que  les  nombreuses  sources
d’eau  minérale  coulant  sans  utilité,  développer  à  un  haut  degré  la  prospérité ­
  matérielle  du  pays.  —  Tout  est  à  l’état  latent  et  primitif.  Tout  reste  à
faire.  Qu’on  gratte  le  sol  :  il  en  sort  des  moissons  ou  de  l’or.  C’est  une  terre
inconnue,  comme  vous  l’avez  dit,  et  (pii  cache  d  immenses  trésors;  un  pays
vierge,  qui  attend  la  fécondation  du  travail.  D  immenses  espaces  sont
encore  en  friche.  Les  paysans  habitent  des  huttes  d’argile  recouvertes  de
chaume  ou  d’écorce  de  tilleul,  composées  d’une  seule  pièce,  où  grouillent  à
la  fois  les  porcs,  les  chèvres,  les  poules,  les  oies  et  les  enfants.  Au  milieu,
ou  voit  un  trou  creusé  dans  la  terre  :  c'est  l’àtre.  Pas  de  cheminée.  La
fumée  sort  par  où  elle  peut.  Pas  de  lit.  En  hiver,  le  raía  se  couche  près  de
son  feu  ;  en  été,  dans  son  jardin,  sous  une  tente  de  feuillage,  ou  en  plein
champ,  ayant  pour  couverture  le  ciel  piqué  d’étoiles  et  pour  coussin  ses
deux  bras.  Dans  les  villages,  on  ne  trouve  ni  boulangerie  ni  fours.  Le  pain
se  cuit  sous  la  cendre.  Le  maïs  et  le  blé  noir  se  broient  avec  une  petite
meule  à  main,  et  la  farine,  mélangée  à  du  lait,  constitue,  avec  le  fromage
frais,  qui  se  mange  à  pleines  poignées,  presque  l’unique  nourriture  des  paysans ­
  bosniaques.  Comme  boisson,  le  slivovitza.  Tout  le  terrain  autour  des
habitations,  même  les  plus  pauvres,  est  planté  de  pruniers,  dont  les  fruits
servent  à  la  fabrication  de  cette  eau-de-vie  qui  est  pour  le  Slave  ce  que
l’opium  est  pour  le  Chinois.
—  Comment  voyage-t-on  en  Bosnie  ?
—  Difficilement,  car  les  routes  sont  peu  sûres.  Si  vous  y  allez  jamais,
ayez  soin  d’emporter  vos  armes,  vos  provisions,  votre  tente  ou  votre  hamac.
Dans  les  villages,  impossible  de  se  loger;  et  puis  on  marche  dans  les  montagnes ­
  des  journées  entières  sans  rencontrer  d’autres  traces  d’êtres  vivants
que  celles  des  animaux  carnassiers 1 .  Le  sol  est  très-accidenté,  coupé  de
gorges  pittoresques,  de  ravins  encaissés,  de  torrents  qu’il  est  souvent  difficile ­
  de  franchir.  Mais  quelle  joie,  lorsque  après  de  longues  heures  d’efforts
on  entend  derrière  un  îideau  d  aibres  une  voix  humaine  qui  résonne  et  qui
chante  une  piesma,  une  chanson  populaire  !  On  écoute  avec  anxiété,  à
mesure  qu’on  approche,  car  c  est  peut-être  quelque  brigand,  quelque  hci-1
  On  tue  environ  chaque  année  en  Bosnie,  d’après  une  statistique  officielle,  150  ours
1,200  loups,  200  lynx,  G00  blaireaux,  8,000  renards,  300  belettes,  10,000  lièvres,  3,000  chats
sauvages  et  autant  de  martres,  dont  les  peaux  sont  envoyées  à  Seraiewo,  pour  être  transportées
de  là  soit  à  Trieste,  soit  à  Leipzig.  —  Les  begs  se  livrent  encore  au  plaisir  chevaleresque  de  la
chasse  au  faucon.
            
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