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L’INDOSTRIE COTONNIÈRE EN ALLEMAGNE
Remarquons que la moyenne du nombre des ouvriers
occupés par les établissements ayant lait usage du lock-
out n’est que de 48 1/2 par établissement. Ces chiffres
concernent toute l’Allemagne et toutes les industries.
En 1904 nous trouvons 120 lock-out, fermant 1.115
fabriques et privant de travail 23.760 ouvriers sur 36.312
occupés dans ces établissements, soit 32 1/2 ouvriers par
établissement.
En Allemagne, les grèves, même les plus importantes,
se passent presque toujours avec beaucoup de calme.
La police se montre à peine et n’a que rarement à inter
venir. Il est rare que les ouvriers désireux de continuer
le travail soient l’objet de violences ou d insultes, du
moins publiquement. On peut voir dans le calme cons
taté, une affaire de tempérament, de crainte de répres
sion. C’est possible. Mais il paraît visible qu’il y a là une
question d’éducation et de discipline; et peut être, aussi,
la préoccupation de ne pas s’aliéner l’opinion en trou
blant l’ordre public; et cela ressemble fort à un mot
d’ordre bien observé. On pourrait ajouter, probablement
sans crainte de faire erreur, que l’absinthe est inconnue
à l’ouvrier allemand et que la consommation régulière
de l'eau de vie est plutôt une exception chez lui.
Habituellement, les abords des établissements en grève
se font surtout remarquer par leur tranquillité. Mais on
peut observer aussi que ces établissements sont parfai
tement gardés par les ouvriers, et que personne n’y
entre ou n’en sort sans être vu par leurs patrouilles.
Aucun stationnement ; mais toutes les quelques minutes
défile lentement un groupe de deux hommes, à la façon
des agents de police parisiens en ronde de nuit.