CHAPITRE XV
Travaux pour chômeurs (!)
Nous avons vu qu’en tête de son règlement, le Comité National
avait placé l’encouragement au travail par l’aide qu’il se proposait
d’accorder aux communes qui occuperaient des chômeurs à des
travaux d’utilité publique.
Depuis longtemps, c’est un remède au chômage préconisé par
tous ceux qui ont été mélés à la lutte contre ce fléau. Il fit l’objet de
nombreuses études et discussions au sein de l’Association Interna-
tionale. Mais si c’est théoriquement un remède de choix, dans la
pratique, il se montre fort malaisé à organiser. Déjà, la recomman-
dation souvent adressée aux pouvoirs publics — état, provinces,
communes — de faire faire des travaux décrétés aux époques de chô-
mage ne peut être réalisée pour des raisons administratives, notamment
des raisons budgétaires, qui sont souvent décisives. Quand il s’agit
d’instituer des travaux spéciaux, destinés uniquement ou principa-
lement à des chômeurs, on se heurte à d’autres difficultés, qui sont
essentiellement des difficultés techniques : la première est de trouver
des travaux qui peuvent être faits par des ouvriers de métiers diffé-
rents, ayant des aptitudes physiques et mentales toutes contraires
parfois à celles qu’il faudrait pour bien accomplir la besogne désirée.
L’expérience avait montré partout que les travaux improvisés
coûtaient extrêmement cher.
Dans les circonstances où se trouvait la Belgique pendant la guerre,
il n’y avait cependant pas à hésiter. La plaie des bras ballants s’agran-
dissait tous les jours. Les usines fermées ou entr’ouvertes quelques
jours par semaine jetaient sur le pavé des milliers d’ouvriers qui
s’accoutumaient à la paresse, en butte à toutes sortes de pernicieuses
sollicitations. Les communes avaient toujours quelque ouvrage à
faire faire, quelque amélioration à apporter au domaine public.
N’était-il pas hautement désirable de les voir occuper les sans-travail,
(1) Deux ouvrages de la présente collection donnent également des renseigne-
ments intéressants à ce sujet :
Voir F. PASsELECQ, op. cit, ch. 1, p. 3, Entrave aux œuvres belges d'assistance aux
chômeurs, et Cu. DE KERCHOVE, op. cit, 17° partie, ch. viII, p. 7, Opposition allemande
à l’assistance aux chômeurs.
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