PRÉFACE.
VII
part s’approvisionner des matières premières que leur
sol ne leur fournit pas ou qu’il leur fournit en ([uanlité
insuffisante; de l’autre, découvrir dans les continents
neufs de nouveaux marchés, et, parmi les peuples
à demi barbares, de nouvelles catégories d’acheteurs.
Arrivées toutes, depuis que le travail de la mécanique
a remplacé le travail de l’homme, à une habileté industrielle
à peu près égale, elles ne peuvent plus trouver
chez leurs voisines les débouchés commerciaux qu’elles
y rencontraient autrefois. C’est au delà des mers que
l’impitoyable loi du progrès les contraint d’aller chercher
des éléments de prospérité et de vie.
En vain, elles voudraient se soustraire à cette nécessité
inéluctable ; en vain, elles voudraient, comme la
Chine, s’enfermer chez elles et ne rien devoir au dehors.
Elles ne feraient que se condamner à une mort
lente et misérable. Elles doivent, bon gré mal gré, se
répandre sur le monde ; faire jaillir, au loin, sur les
terres nouvelles, de nouvelles sources de richesse. Aucune,
quel que soit son désir, ne peut s’y refuser. Malgré
l’immensité de leur territoire, qui leur donne à profusion
les fruits de tous les climats, les États-Unis ont
mis la main sur les Philippines et sur Cuba ; en dépit
de la volonté et des conseils de Bismarck, l’Allemagne
a conquis de vastes pays sur la côte ouest et sur la
côte orientale de l’Afrique. Dernièrement elle s’est
installée en Chine. L’Italie, qui regrette la Tunisie et
qui vise la Tripolitaine, a pris pied dans la mer Rouge.