LES CHANTIERS FRANÇAIS. 177
Pourquoi cette débâcle, quand les Chantiers nantais
voient grandir leur prospérité, quand la construction fran
çaise, protégée par une loi exceptionnellement favorable,
par des commandes d’État nombreuses, traverse assurément
une période d’abondance ? C’est la question qui devait natu
rellement me venir aux lèvres et que j’ai posée au liquidateur
judiciaire — ainsi qu’à M, Silley, directeur des chantiers
depuis le départ de M, Wilkinson. L’un et l’autre y ont ré
pondu avec bienveillance et sincérité. L’avis de M. Silley
m’a sendilé surtout précieux à recueillir. Anglais de nais
sance, fort compétent pour juger des constructions mari
times dans son pays et dans le nôtre, M. Silley était bien
placé pour exprimer une opinion impartiale et juste, puisque
d’une part sa responsabilité personnelle n’était engagée à
aucun degré dans la déconfiture des chantiers et que, d’un
autre coté, il en connaissait à fond le personnel et les res
sources.
La chute des Chantiers de Normandie est due, d’après
M. Silley, d’abord aux causes générales d’infériorité de la
construction française par rapport à la construction an
glaise.
Le charbon revient très cher à Rouen; les Chantiers de
Normandie l’ont payé jusqu’à 28 fr. la tonne. Certaines
pièces métalliques, qu’on se procure en Angleterre toutes
ajustées et prêtes pour la mise en place dans la construction
du navire, ne peuvent être obtenues en pareil état de la
métallurgie française, malgré les dessins qu’on lui fournit^
La matière première arrive donc à coûter plus cher en
France qu’en Angleterre.
Les armateurs français ont, par surcroît, des exigences
plus grandes que leurs confrères d’outre-Manche. L’arma
teur qui fait construire un navire entretient à demeure sur
le chantier un représentant qui vient sans cesse consulter
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PROBL. MAR. MARCH.