LES CHANTIERS FRANÇAIS. l85
des cliiiTres fermes, car on ne compare pas dans ces estima
tions des choses comparables entre elles. »
Nous montons sur VAlgérie, dont la coque d’acier reçoit
les derniers coups de marteau, car elle est à la veille de son
lancement :
« Tenez, poursuit M. Coville en me montrant le navire,
la première raison de la cherté de nos prix est dans les exi
gences des armateurs. La Société générale des Transports
Maritimes, pour qui nous construisons ce bateau, s’adres
sait d’habitude à notre établissement de La Seyne ; celui-ci
ne pouvant suffire aux commandes, la Société nous a passé,
à regret, le marché de XAlgérie. Elle déplore, soyez-en sûr,
son éloignement qui ne lui permet pas de surveiller à sa
guise la construction du paquebot. Notez cependant qu’elle
a ici à demeure un représentant (¡ni ne quitte pas nos chan
tiers ! L’armateur français — c’est son grand tort — exige
beaucoup plus de son constructeur que l’armateur anglais. »
Et M. Coville me fait voir dans l’entrepont de VAlgérie
des panneaux de bois superbes — acajou et teck — ornant
non seulement les cloisons des cabines, mais encore la tôle
de séparation des machines. En Angleterre, on eût laissé
cette tôle nue; le désir de symétrie et de luxe des armateurs
a fait dépenser ici une quinzaine de mille francs en menui
serie inutile. Du haut en bas, le navire est pareillement soi
gné. Or, en France, les matières premières sont plus chères :
cela est vrai non seulement du charbon, de l’acier, mais
encore des mille fournitures qui entrent dans le bateau —
hublots, ameublement, etc. Algérie, prime de construc
tion absorbée, coûtera deux millions à ses armateurs. En le
construisant avec plus de simplicité, il était facile de réali
ser une forte économie. La meme compagnie des Transports
maritimes, ayant commandé un cargo-boat en Angleterre,
manifesta un vif mécontentement quand elle le vit arriver à