200 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
temps et, plus encore, qu’on ne parût môme pas y songer
pour l’avenir.
« La raison en est simple, répondit le président délégué.
Nous avons un traité avec une société de déchargement dont
les bureaux sont situés en face de notre bassin actuel. Nous
ne pouvons songer à rompre notre traité, »
Sans s’émouvoir, M. Cambon demanda : « Quelle indem
nité auriez-vous donc à payer au cas de dénonciation de ce
traité?» L’interlocuteur, effaré, répondit: «Mais.... au
moins deux cent mille francs ! »
— Et vous hésitez ?
Ce fut le tour du président délégué d’ôtre stupéfait. Un
moment, il dut croire que M. l’ambassadeur voulait plai
santer. Mais non; il paraissait au contraire très convaincu...
Le représentant des Messageries ne continua plus une con
versation qui le « médusait ».
J’ai tenu à rapporter cette anecdote qui ne sera, quant à
la matérialité des faits, démentie ni par M. Cambon ni par
son interlocuteur, parce qu’elle démontre d’une façon topi
que, d’une part l’esprit de décision hardie et nette de notre
ambassadeur à Londres; de l’autre, la timidité extréme,
invraisemblable de nos grandes compagnies de transports
maritimes. Il saute aux yeux, en effet, que les bénéfices ré
sultant d’un accroissement considérable du fret auraient
rapidement compensé le sacrifice consenti par les Messa
geries et que cette augmentation eût été pour l’avenir une
source importante de revenus. Cèt effroi de la nouveauté et
du progrès, cette méfiance continuelle des hommes qui
émettent une idée réformatrice, nous la retrouvons partout.
Au cours de l’audience que, très obligeamment, il m’ac
corda dès mon arrivée à Londres, M. Cambon insista sur ce
point capital : la nécessité, pour les intéressés, de l’initiative,
des efforts personnels, la recherche et la mise à profit des