33i
LA QUESTION OUVRIÈRE.
Les cliiiîres que j’ai donnés jusqu’à présent, permettent
au lecteur d’apprécier la situation exceptionnellement favorable
de l’ouvrier anglais de la construction navale au point
de vue du salaire. Avant de mettre en regard de cette situation
celle de l’ouvrier français de la meme industrie, et pour
donner plus de précision à la comparaison, je crois utile de
reproduire, d’après les publications mêmes du Board of
Trade, le tableau du taux-étalon des salaires —Standard
rate of wages — íixé à la date du i" janvier 1900 par l’accord
des patrons et des représentants des diverses catégories
d’ouvriers travaillant à la construction navale et affiliés soit
à l’Union amalgamée des mécaniciens, soit à la Société des
boilermakers and shipbuilders. Mais je dois faire au préalable
cette observation essentielle que les salaires indiqués
dans ce tableau ne sont pas les salaires réels ; le Standard
rate of wages, ou « taux de salaire qui sert d’étalon »,
ne peut pas d’ailleurs prétendre donner le reflet exact de
la réalité, puisqu’il assigne un chilTre fixe de salaire à des
ouvriers qui travaillent aux pièces ; la vérité est (pie, comme
son nom l’indique, le Standard rate n’est qu’un tableau de
SALAIRES MINIMUM : il représente le minimum de ce qu’un ouvrier
doit gagner pendant une semaine de 53 ou 54 heures ;
le tôlier par exemple, dont il fixe le salaire hebdomadaire à
52 fr. 4o c., gagne normalement 3 livres sWrIing, soit
75 fr. ; les chiffres de ce tableau ne sont donc que des approximations
et ne font (pie mar(¡uer un étiage au-dessous
duquel le salaire ne peut pas descendre, au-dessus diKjuel
il s’est, en réalité, toujours élevé.
Mais même en le prenant tel qu’il est — le lecteur trouvera
ce tableau à la page suivante — nous allons pouvoir constater
la différence notable qui sépare au point de vue de leur
rétribution les ouvriers anglais des ouvriers français.