Full text : Le problème de la marine marchande

LA  QUESTION  OUVRIERE.  33g
OU  neuf  aus,  aux  ingénieurs  du  bâtiment  ;  les  constructeurs
de  machines  se  hâtèrent  d’en  faire  emplette,  mais  les  ouvriers ­
  refusèrent  de  s’en  servir.  On  est  panenu  dans  (|uelques
  chantiers  à  surmonter  celte  résistance  et  à  mettre  les
machines  au  travail;  mais  dans  d’autres  shipj/ards  l’opposition ­
  des  calfats  a  été  si  résolue  que  l’on  a  dû  remiser  les
nouveaux  instruments  dans  les  magasins  à  outils.
Sans  doute,  je  le  réjiète,  cette  obstruction  faite  à  l’emploi
de  la  machine  ne  peut  avoir  qu’un  temps.  Mais  ce  temps
peut  être  plus  ou  moins  long  suivant  l’organisation  et  l’état
d’esprit,  la  manière  d’être,  la  mentalité,  en  un  mot,  de  la
masse  ouvrière  qui  oppose  celte  résistance.  La  hautaine  et
arist  ocratique  corporation  des  boilermakers  and  shipbuilders
ne  pourra  certes  pas  s’enfermer  éternellement  dans  une  conception ­
  étroite  de  ses  droits  et  de  son  pouvoir  et  conserver
toujours  le  privilège  suranné  qu’elle  défend  avec  entêtement, ­
  tant  contre  la  machine  que  contre  l’ouvrier  unskilled ­
  (*).  'Mais  en  raison  même  de  l’extension  de  ce  privilège ­
  et  des  avantages  qu’il  leur  a  procurés,  la  résistance  des
shipbuilders  ne  sera  que  plus  dure  et  plus  longue  à  toutes
les  innovations  qui  le  menaceront.  Il  n’en  saurait  être  de

(i)  On  sait  quelles  protestations  énergiques  et  efficaces  ont  surgi,  au  sein  môme  de  la
classe  ouvrière,  contre  l’attitude  des  vieilles  Trade  s-Unions  qui,  comme  celle  des  boilermakers, ­
  ont  fondé  toute  leur  politicpie  sur  la  croyance  que  l’ouvrier  qui  a  dûment  fait  son
apprentissage  a  le  droit  d’exclure  de  sa  profession  «  l’homme  qui  n’est  pas  en  règle  ».
Ces  Trade’s-Unions,  jusqu’en  ces  dernières  années,  n’avaient  groupé  (pie  des  ouvriers
hautement  qualifiés,  pouvant  payer  des  cotisations  élevées  et  elles  s’étalent  peu  à  peu
transformées  en  siinjiles  institutions  de  prévoyance.  Mais  depuis  dix  ans  environ,  à  la
suite  de  la  grande  grève  des  dockers  de  iSSg,  une  réaction  s’est  produite  avec  un  retour ­
  vers  le  sentiment  de  solidarité  prolétarienne.  D’ahord,  des  Unions  nouvelles  se
sont  formées  pour  grouper  ces  masses  innombrables  de  journaliers,  de  manœuvres,
d’ouvriers  sans  spécialité  compris  sous  la  désignation  commune  d'nnskilled  men.  Ces
Unions  n’exigent  de  leurs  membres  que  de  très  faibles  cotisations  et  elles  sont  avant
tout  des  organisations  de  lutte  et  de  combat.  Ensuite  les  nouvelles  tendances  ont  peu
à  peu  gagné  le  monde  syndical  anglais  et  les  vieilles  Unions  aristocratiipies.  à  l’exception ­
  de  celle  des  boilermakers,  se  sont  finalement  ouvertes  aux  ouvriers  non  (jualillés.
C’est  ce  (pie  l’on  a  appelé  le  nouvel  unionisme,  le  néo-trade-unionisme  qui,  réveillant
le  sentiment  de  la  solidarité  de  toutes  les  sections  de  salariés,  a  fait  réapparaître  un
mouvement  social  se  traduisant  par  la  mise  à  l’ordre  du  jour  des  congrès  trade-unionistes ­
  de  la  politique  ouvrière  indéjiendante  et  par  le  vote  des  motions  socialistes.
            
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