Full text : Le problème de la marine marchande

18  LE  PROBLÈME  DE  LA  MARINE  MARCHANDE.
Les  négociants  métallurgistes  de  Londres  ont  failli  se
soulever  quand  ils  ont  appris  que  deux  grandes  compagnies
de  chemins  de  fer,  le  Great  A'orthern  linilwaij  et  le  Great
Eastern  RaUwaij  venaient  de  commander,  la  première  des
locomotives  aux  usines  ILildwin  en  Amérique  et  l’autre  des
rails  à  l’usine  Carnegie  —  tant  fut  grand  l’émoi  que  leur
causa  cette  concurrence  faite  sur  le  terrain  national.  Aujourd’hui ­
  ils  ne  contestent  même  plus  la  supériorité  de  leurs
concurrents  américains  et  se  contentent  de  défendre  péniblement ­
  des  marchés  qu’ils  sentent  leur  échapper  de  plus
en  plus.
On  dira  peut-être  :  «  L’Angleterre  est  un  pays  lihre-échangiste.
  Ses  frontières  ouvertes  en  facilitent  l’envahissement
et  ce  qui  lui  arrive  ne  nous  surprend  qu’à  moitié.  Mais  pourijuoi
  la  France  s’ciîraierait-elle  de  la  concurrence  américaine ­
  ?  La  houille  des  Etats-Unis  lui  est  utile,  car  elle  lui
donne  une  assurance  et  une  garantie  contre  les  exigences
anglaises  ;  quant  aux  produits  manufacturés,  elle  a  pour
se  protéger  contre  leur  invasion  de  solides  barrières  douanières ­
  !  »  Comme  si  les  barrières  douanières  pouvaient  être
un  éternel  obstacle  à  la  pression  des  phénomènes  économiques ­
  !  La  France  peut  élever  autour  d’elle  une  muraille
de  Chine  plus  épaisse  encore  que  celle  qui  existe  depuis  les
tarifs  de  1892.  Chacpie  moellon  qu’elle  y  ajoutera  diminuera,
par  une  répercussion  toute  naturelle,  l’étendue  de  ses  propres ­
  débouchés.  On  oublie  trop  qu’un  pays  ne  peut  vivre,
prospérer,  grandir  que  par  le  commerce  extérieur,  qu’il  faut
<lonc  que  la  France,  sous  peine  de  tomber  au  niveau  des
puissances  de  dernier  ordre,  prenne  sa  grande,  sa  large  part
dans  la  lutte  qui  se  livre  sur  le  marché  universel.  L’inaction,
en  pareil  cas,  serait  la  mort  plus  ou  moins  prompte.
Or,  pour  lutter  sur  les  marchés  du  monde,  je  ne  dis  pas
avec  la  certitude  de  vaincre,  mais  avec  la  possibilité  de  ne
            
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