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LE ROLE DE LA MARINE MARCHANDE.
Mais elle est bien autrement puissante et sûre que la plus
impérieuse des obliqations, car elle est née de l’intérêt direct
des deux parties qu’elle unit. L’armateur allemand a cons
cience de puiser sa richesse et sa lorce dans la force et la ri
chesse du commerçant allemand. La ruine de celui-ci consom
merait sa propre ruine. Comment ne tenterait-il pas tout pour
l’éviter? Comment hésiterait-il, en notre époque de trusts
incessants, à s’entendre avec l’armateur anqlais pour écra
ser, par’ une élévation subite du prix du fret, telle ou telle
branche de l’industrie ou du commerce français dont le dé
veloppement deviendrait dangereux pour les produits alle
mands ou anqlais similaires !
C’est donc une nécessité sociale qui s’impose à notre pays
de constituer une forte marine marchande pour défendre le
producteur français d’abord contre la fraude, ensuite contre
les prétentions excessives et soudaines et les coups de bourse
de l’armement étranger.
D’ailleurs, l’intérêt national ne nous y pousse-t-il pas irré
sistiblement ? En dehors de la honte secréte que nous pou
vons éprouver à demeurer éternellement tributaires de la
marine étrangère, ne nous lasserons-nous pas de payer à
celle-ci l’énorme contribution dont nous l’enrichissons cha
que année ?
Le Syndicat des armateurs du Nord évalue à 3oo millions
le fret annuellement payé à la marine étrangère. C’est une
dîme colossale prélevée sur le bénéfice le plus clair de notre
industrie et de notre commerce et qui fait pousser, après bien
d’autres, à M. le député Thierry, un véritable cri d’alarme
dans son rapport sur le budget du commerce de 1901.
« Le présent rapport était terminé, écrit-il, lorsque nous
avons appris qu’en joignant à ses recherches divers rensei
gnements de l’armement et notamment de M. Duprat, direc
teur de la Compagnie des Chargeurs réunis, le ministère des